Publicité

La résilience des femmes

Tola Rotimi Abraham vit aux États-Unis, mais est originaire du Nigeria. "Black Sunday" est son premier roman. ©Carole Cassier

"Black Sunday" est le premier roman de Tola Rotimi Abraham. Un récit mordant qui retrace la vie d’une famille nigériane au sein d’une société minée par la corruption, les trafics d’influence et la violence faite aux femmes.

Qui mieux qu’une Nigériane peut évoquer avec justesse la question de la dureté de la vie au Nigeria? Ce pays d’Afrique de l’Ouest a beau être la première économie du continent africain, il doit surtout son succès à la corruption qui le gangrène. Et dans ce contexte, les femmes sont considérées comme des proies, pour les hommes et pour la religion.

C’est cette société nigériane sournoisement violente que nous raconte Tola Rotimi Abraham, professeur en écriture à l’Université d’Iowa (USA), étudiante en journalisme et originaire de Lagos. "Black Sunday" est son premier roman. Une fiction écrite sans concession, d’une plume vive et acérée. Un récit cash, teinté du rouge sang des abus sexuels perpétrés sur les femmes.

Le récit se veut aussi une critique intense de la religion chrétienne. Tola Rotimi Abraham en montre toute l’hypocrisie et la brutalité envers les femmes.

Le récit se veut aussi une critique intense de la religion chrétienne. Tola Rotimi Abraham en montre toute l’hypocrisie et la brutalité. "La Nouvelle Église ne facilite pas l’ascension des femmes", dit ainsi l’une des héroïnes du récit, Ariyike. "(…) Et de toute manière, le christianisme reste une religion très masculine. C’est le culte du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Notre dieu est un homme, son fils est un homme. Et donc, tous ses représentants sont des hommes. C’est comme ça."

À travers ce personnage d’Ariyike, devenue elle-même icône du télévangélisme et épouse de pasteur, on sent sourde une colère contenue contre un système qui exige des femmes à la fois la plus grande vertu, mais qui ne leur laisse d’autres choix pour survivre, et s’élever dans la société, que d’accepter d’écarter les cuisses.

Chronique familiale

Le roman de Tola Rotimi Abraham est bâti comme une chronique familiale qui alterne les voix de chacun des enfants, les deux sœurs jumelles Bibike et Ariyike, et leurs deux frères Peter et Andrew, dont la vie a basculé dans la pauvreté. Abandonnés par leurs parents, ils survivent auprès de leur grand-mère et se cherchent une place dans cette société où rien n’est jamais acquis. Petit à petit, les jumelles prennent conscience de la trop grande place du "nous" dans leur relation. C’est le début de l’indépendance, le début du "je", mais aussi le début de l’implosion de la famille.

Si son récit se veut cinglant, elle entretient subtilement une légèreté et une joie, comme une flamme d’espoir dans la noirceur. Chez elle, les femmes sont dominées, mais continuent de rire, malgré tout.

Au fil des pages, Tola Rotimi Abraham nous fait ressentir les senteurs d’épices et de terre de cette Afrique noire, la moiteur de l’air, la puanteur aussi, au propre comme au figuré, de la ville de Lagos. Si son récit se veut cinglant, elle entretient subtilement une légèreté et une joie, comme une flamme d’espoir dans la noirceur. Chez elle, les femmes sont dominées, mais continuent de rire, malgré tout. "Le genre de rire qu’on a quand la situation n’a rien de drôle, mais qu’on est gaie et résiliente, et qu’on veut le montrer."

Roman

“Black Sunday”

Par Tola Rotimi Abraham

Traduit par Karine Lalechère

Édité par Autrement

336p. - 21,90€

Note de L'Echo:

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés