Le comte Zaroff repart à la chasse

©Lombard

Repris d'un classique du cinéma d'avant-guerre, le comte Zaroff, chasseur d'hommes, est ressuscité par la volonté de Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes.

Avant de réaliser un classique du genre, King Kong, en 1933, Ernest Shoedsak avait commis "The most dangerous game" (Les Chasses du comte Zaroff). Seuls les plus avertis des cinéphiles s’en souviendront sans doute. Il était question d’un comte d’origine russe, reclus sur une île où il attirait des marins pour s’y livrer à sa passion pour la chasse. Mais le gibier était humain… Le sujet est tiré d’une courte nouvelle de Richard Connell. À en juger par la longue liste de remakes qui ont été faits, le film original est devenu un classique du cinéma thriller.

BD

"Zaroff"

Note: 3/5

Miville-Deschênes et Runberg, Le Lombard Collection Signé, 88 p.

 

En tout cas, le personnage avait marqué l’esprit de François Miville-Deschênes. "J’avais lu la nouvelle quand j’étais ado. Puis je l’avais rangée dans un coin de ma mémoire…", se souvient-il. D’où elle est ressortie, quand il s’est mis à la recherche d’un nouveau sujet entre deux albums. "Je venais de terminer la série Reconquête qui se passe dans l’Antiquité. J’avais donc envie de changer complètement de thème et d’environnement."

Il propose donc à son scénariste habituel, Sylvain Runberg, de se pencher avec lui sur une reprise de ce comte Zaroff. "Cette période de l’entre-deux-guerres m’intéressait bien, de même que l’univers végétal de la jungle."

Les deux auteurs se lancent donc sur le sujet, donnant une suite à la nouvelle originale.

Cette période de l’entre-deux-guerres m’intéressait bien, de même que l’univers végétal de la jungle.
François Miville-Deschênes

Toujours vivant, le terrible comte poursuit ses chasses à l’homme sur son île. Mais il sera cette fois opposé à une autre chasseuse, aussi impitoyable que lui, venue sur l’île pour venger son père qui figure au tableau de chasse du comte.

"Cela nous semblait intéressant d’opposer Zaroff à une femme d’une part et d’en faire une proie à son tour. Ces deux personnages sont un peu le miroir l’un de l’autre pour leur côté impitoyable, mais ils sont tous les deux fragilisés: elle parce que ces hommes veulent la dégommer et lui parce qu’il doit sauver sa sœur et ses neveux."

Dans le genre thriller, le scénario se tient. Dès la première scène de chasse à l’homme, on est dans le vif du sujet. Miville-Deschênes traite la séquence en camaïeu de gris pour faire le lien avec le film et la nouvelle. En quelques pages, le décor et le sanguinaire comte sont posés. Et sans connaître ni la nouvelle, ni le film de 1932, on cerne le sujet.

Mais au contraire du film, très manichéen avec un comte très très méchant et un héros qui s’en sort sans une égratignure, Runberg et Miville-Deschênes installent un personnage principal plus ambigu. "Dans la nouvelle, il subit son premier échec: l’une de ses proies lui échappe et il se fait attaquer par ses chiens. Il en ressort meurtri physiquement et moralement. Il fallait rendre le personnage suffisamment trouble pour que le lecteur s’y attache malgré tout", comment encore Miville-Deschênes. D’un dessin hyperréaliste, le Québécois Miville-Deschênes donne véritablement vie à ses personnages. Son Zaroff a un regard glaçant et Fiona Flanagan, son opposante dispose de toute la force nécessaire. L’auteur se dit inspiré par André Cheret, le dessinateur de Rahan; on le croit sans peine tant ses corps sont sculptés. Un style qui s’approche aussi de celui de Swolfs, le dessinateur de Durango ou du Prince de la Nuit, mais avec plus de diversité dans les personnages.

Le récit est conçu comme un one shot et paraît dans la très belle collection Signé du Lombard, qui met en exergue le travail d’auteur. Mais la fin laissée ouverte pourrait augurer de nouvelles aventures du sanguinaire comte.

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