chronique

Le livre de la semaine | "Le siècle du populisme. Histoire, théorie, critique"

Le populisme est un mot fourre-tout, principalement manié de manière péjorative. Si la nébuleuse populiste a déjà fait l’objet de diverses analyses sociologiques, il manquait une vaste étude critique et théorique qui aille au-delà de la simple analyse de ses causes.

L’auteur, professeur au Collège de France et auteur de nombreux ouvrages ayant la démocratie pour thème central, se propose donc de comprendre la cohérence et la rationalité du populisme ("qui dérive de ce qui fonde positivement la démocratie"). D’abord, il en dresse l’idéal type (le peuple-Un, l’Homme-Peuple, la démocratie directe…), tout en rendant compte des différenciations entre populisme de gauche et populisme de droite – l’on ne saurait mettre dans le même panier Trump, Orban, Salvini, Podemos et la France Insoumise. Ensuite, il retrace l’histoire du populisme, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Enfin, il critique terme à terme ses principes essentiels.

En conclusion, l’auteur esquisse très brièvement une alternative politique qui fasse droit au désarroi et à la menace qu’exprime la montée des populismes, en se centrant sur la notion de représentation, actuellement en perdition. Pour "revitaliser l’activité citoyenne et les institutions démocratiques", il faut "élargir la démocratie pour lui donner corps, en démultiplier les modes d’expression, les procédures et les institutions". Notamment via une démocratie plus interactive et participative ou encore par le tirage au sort de citoyens, mais aussi en donnant à ces derniers les moyens d’une plus grande vigilance sur l’exercice du pouvoir.

L’auteur défend ainsi l’instauration d’une "démocratie de confiance et d’appropriation" où le citoyen aurait sa place à côté de l’élu, car "le pouvoir n’est pas une chose, mais une relation".

Pierre Rosenvallon, "Le siècle du populisme. Histoire, théorie, critique", Seuil, 2020, 288 pages.

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