interview

"Le Petit Prince est confiné sur sa planète mais totalement libre"

"Le dialogue avec le renard semble avoir été écrit hier", estime le metteur en scène Alexis Goslain. ©Del Diffusion / Aude Vanlathem

Une nouvelle adaptation du "Petit Prince", d'Antoine de Saint-Exupéry, veut nous aider à renouer avec nous-mêmes. Rencontre avec le metteur en scène, Alexis Goslain.

Pilier de nos vies, élément clé de notre culture, morceau intact de notre enfance: revoici ce texte fondateur, écrit par Antoine de Saint-Exupéry en 1944 lors de son séjour américain. A Villers-la-Ville et jusqu’au 14 août, une nouvelle adaptation est proposée, agrémentée de marionnettes, de films, et de musique (de Pink Floyd à David Bowie). Le metteur en scène, Alexis Goslain, nous en dit davantage. 

Villers doit s’adapter aux jauges (450 spectateurs au lieu de 900), on change d’échelle? 

Si on veut. L’outil s’adapte, et le Petit Prince va aussi s’adresser à certains personnages sur écran. Mais cette incursion du film a du bon. Il y a la rentabilité économique, mais on a surtout voulu garder une certaine échelle, cet effet "wow" propre à Villers. Cette nouvelle mise en scène renforce l’humain, la poésie, dans un registre concret où on se parle vraiment. Le Petit Prince, c’est un symbole, par rapport au fait qu’on se réapproprie une scène, qu’on recrée du lien, car la pièce parle de ça. Comment entamer le dialogue avec l’Autre?

"Au final, des considérations économiques ont eu une influence bénéfique sur l’esthétique."

Vous cherchez à la fois ampleur et intimité… 

Oui, il y a tout un travail, par exemple sur les lumières. Ici c’est le désert du Sahara, donc on a recentré plus sur le décor et moins sur l’abbaye. On a moins cette impression de son et lumière, c’est plus centré. Au final, des considérations économiques ont eu une influence bénéfique sur l’esthétique. Par exemple, je suis très content du travail sur les marionnettes (le renard, le serpent). Le public projette sur elles ce qu’il espère que la marionnette va raconter. L’attente est très forte, et tient profondément de l’enfance ; on a joué sur ça également.  

"Le Petit Prince". Abbaye de Villers-la-Ville. Du 13 juillet au 14 août. Infos Tickets 
070/224.304.

Quelle est votre vision du texte? 

Quand j’étais petit, j’avais le disque, raconté par Gérard Philipe. À l’époque ce n’était pas mon livre de chevet, ce n’était pas le graal qu’il est pour certains. Ce qui fait qu’avec les années je l’ai redécouvert, toutes ces couches, les symboles, la philosophie. Plus on s’approche de ce texte immense, plus il semble à la fois vous appartenir totalement, et s’éloigner par l’ampleur de sa portée. J’ai aussi dû m’approprier l’auteur. Je connaissais Saint-Exupéry, j’avais lu "Vol de nuit" quand j’étais à l’école, mais là j’ai perçu toute la portée autobiographique du texte: comme le Petit Prince, Saint-Ex est un éternel exilé. J’ai prolongé avec "Terre des hommes" et "Citadelle". Il est précurseur de Camus, de l’existentialisme. J’ai déjà eu la chance de mettre en scène une adaptation de Dostoïevski, et on est ici dans la même logique pré-existentialiste. Qu’est-ce qui donne un sens à la vie? Est-ce l’action? Est-ce l’engagement? Avec aussi une dose de contemplation? 

Ces questions fondamentales semblent ici "à portée d’esprit" grâce à la nature de conte donnée par l’auteur… 

Oui, ça prend même une autre couleur post-covid. Le Petit Prince est confiné sur sa planète, mais en même temps son regard, sa poésie intrinsèques lui donnent une totale liberté. Certains dialogues qu’on connaît pourtant par cœur, comme celui avec le renard, semblent avoir été écrits hier. C’est tout le génie de Saint-Ex… 

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