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Le Prix Filigranes 2021 booste la rentrée littéraire de L'Echo

©Filip Ysenbaert | L'Echo

Partenaire de la librairie Filigranes, L'Echo vous dévoile en primeur les Prix Filigranes 2021 et en profite pour vous recommander ses coups de cœur de la Rentrée littéraire. Ça se lit ci-dessous...

La réunion du jury du Prix Filigranes est toujours un «joyeux bordel» qui n'a rien à voir avec celle des ventripotents bien attablés autour d’une table étoilée. Cette année, une trentaine des soixante votants étaient réunis fin août dans la célèbre librairie bruxelloise et, bien vite, deux noms sur les huit auteurs en lice se sont détachés – la Belge Geneviève Damas avec «Jacky», et le Français François Roux avec «La vie rêvée des hommes» –, et peut-être davantage que ces auteurs, le sujet de leur livre.

Marc Filipson, l'initiateur du Prix, eut beau clamer sa neutralité, certains plaidaient l'urgence à défendre l'amitié entre un jeune Juif d'Uccle et un Musulman de Molenbeek. À moins qu'une histoire de l'homosexualité, qui cristallise le combat de toutes les minorités opprimées, ne fût plus brûlante encore dans notre époque si polarisée...

Le vainqueur de cette lutte des causes ne doit qu'à la double voix dont dispose le président du jury, Fabrice Humbert (Prix Filigranes 2020 avec "Le monde n’existe pas") qui a fait pencher le Prix vers son compatriote.

Instrumentaliser l'écriture

C'est dire à quel point les mobilisations échauffent les esprits et mobilisent les plumes... au risque, évidemment, qu'elles n'instrumentalisent la littérature à leur cause, comme on l'a vu dans la dystopie écologique de Jean-François Hardy, également dans la sélection, la tordant pour faire advenir une vérité censée s'imposer à toutes et tous.

"L'idée de vérité est étrangère à la littérature, car elle ne peut pas prétendre à la vérité, sinon elle se place dans une posture éthique ou morale."
Charles Dantzig
Auteur et éditeur

Sans aller jusqu'à invoquer le très conservateur Alain Finkielkraut qui, dans son nouvel ouvrage, "L'Après-littérature" (Stock), annonce le sacrifice de cette dernière sur l'autel de la moraline, on peut malgré tout dire avec Charles Dantzig (voir ci-dessous) que "l’idée de vérité est étrangère à la littérature, car elle ne peut pas prétendre à la vérité, sinon elle se place dans une posture éthique ou morale."

Deux grands romans

Antoine Wauters (voir ci-dessous), ne dit pas autre chose en invoquant la poésie: "Il y a un retour en force de la poésie pour cette raison-là: on en a tous marre de parler du réel avec des formules stéréotypées."

Et c'est en cela que le Prix Filigranes 2021 est un grand cru, car nonobstant leur thème puissant, ni Damas ni Roux ne lui substituent le mystère qui jaillit de leur écriture. Ce sont deux grands romans. "Je préférerai toujours un livre qui vous emporte par son style à un livre qui vous emporte par son fond", glisse ici François Roux. Ouf, l'art est sauf!

Le palmarès:

1. Prix Filigranes 2021: François Roux pour "La vie rêvée des hommes" (Albin Michel)

Les 60 jurés du Prix Filigranes 2021 se sont mis d’accord: les 15.000 euros (et toute la visibilité corollaire au prix) iront à l’auteur français François Rouxet à son histoire d’amour, sur fonds de lutte pour les droits des homosexuels. Rencontre avec l’heureux élu.

"C’est avant tout une histoire d’amour. À travers l’amour – cet amour presque idéal malgré un contexte dur, entravé – on perçoit, en effet, les luttes. Le contexte, c’est important. Je viens de passer cinq ans aux Etats-Unis. Je suis arrivé juste avant l’élection de Trump. J’ai pu voir, de mes yeux, tout ce qu’on pouvait perdre en quelques années en terme de lutte sociale, de lutte civique. Ce que l’on considère comme des acquis précieux, obtenus de haute lutte, et bien tout ça peut s’effondrer en très peu de temps. C’est fragile."

L'auteur Frnçois Roux, Prix Filigranes 2021. ©Geraldine Aresteanu

2. Prix d'honneur 2021: Geneviève Damas pour "Jacky" (Gallimard)

C'est peu dire qu'on se réjouit que ce court roman, paru chez Gallimard ce printemps, remporte le Prix d'honneur Filigranes (2.500 euros)! Geneviève Damas y donne la parole à Ibrahim Bentaieb, adolescent belgo-marocain qui se prend d'amitié pour un jeune Juif des beaux quartiers. Le temps d'une demi année scolaire, ces deux-là vont braver les interdits communautaires et se doter de superpouvoirs. 

"Dans une école bruxelloise où j'animais des ateliers d'écriture, j'ai rencontré un grand gaillard rentré de Syrie, qui ne disait jamais rien. Ce sont des gens foutus, fracassés, m'a expliqué un avocat spécialisé que j'ai rencontré. C'était au moment des attentats du 22 mars 2016 et je me suis dit qu'il fallait arrêter de mettre l'accent sur les différences pour faire quelque chose ensemble. Alors nous avons créé des ateliers pour rassembler des élèves de trois écoles secondaires de cultures différentes – musulmane, juive et catholique."

Geneviève Damas, Prix d'honneur 2021 de Filigranes. ©Pablo Garrigos

3. Choix de Marc Filipson et de Sophie Creuz, critique à L'Echo: Jean-Claude Grumberg pour "Jacqueline Jacqueline (Seuil)

«En fait, je n’ai jamais su vraiment me comporter devant le malheur absolu. Faut-il pleurer, s’arracher la tête et la piétiner ou rire à en crever?» Cela, Jean-Claude Grumberg, vieil enfant né en 39, éternel orphelin d'un père mort en déportation, l'écrivait dans «Pleurnichard». Du père, il n'avait aucun souvenir, alors il brodait, lui, qui plus tard se ferait mettre à la porte de dix-huit ateliers de tailleurs. Comment croire qu'il avait deux mains gauche quand il excelle à assembler les pièces de sa vie avec Jacqueline, épouse adorée, décédée en 2019?

Il ne lui dresse pas un monument aux morts, mais la fait rire de son malheur, lui parle dans le noir pour avoir moins peur, ressuscite la complicité qui unissait «le petit tailleur pauvre et moche qui épousa la princesse aux mille prétendants».

©Filip Ysenbaert | L'Echo

La suite des coups de cœur de L'Echo avec l'essai de Charles Dantzig, "Théories de théories" (Grasset)

Dandy aussi libre que facétieux, l’écrivain Charles Dantzig, auteur du célèbre «Dictionnaire égoïste de la littérature française», élabore nonante-quatre «théories» dans son nouvel essai. Sautant de sujet en sujet, il passe de la «théorie de la cravate» à celle du «coucher du soleil», de «la théorie du 11 Septembre 2001» à «la théorie de la décadence». Par touches, il livre ainsi sa vision du monde… et on en redemande!

Morceaux choisis: "Toute initiative en faveur de la poésie est bonne, mais il faut quand même le dire: Amanda Gorman est nulle. Sa poésie se résume à des phrases de Carambar. C’est d’une niaiserie sans nom. Et d'autre part, je pense que la poésie n’est pas faite pour être dite à voix haute. Un des grands progrès dans l’histoire de l’humanité, c’est la lecture muette. C’est une grande invention, car la pensée est plus rapide que la parole. (...)

Je ne crois pas à ce discours qui consiste à dire que l’important c’est que les gens lisent, même des choses mauvaises, car cela les amènera à des œuvres de qualité. On n’a jamais vu quelqu’un lisant Guillaume Musso aller lire ensuite Marcel Proust…"

Charles Dantzig - Théories de théories

Autre grand témoin de L'Echo: l'auteur belge Antoine Wauters, incomparablement poétique dans "Mahmoud ou la montée des eaux" (Verdier)

Prix Première pour "Nos mères" en 2014, Antoine Wauters louvoie entre les genres et distille la poésie dans le romanesque, ou l'inverse. Son dernier livre donne la parole à un vieux poète syrien qui plonge au fond du lac El Assad pour convoquer ses souvenirs. Un récit éblouissant de liberté, à la fois actuel et sans âge...

Que dit-il de la poésie de lquelle il se revendique? "La poésie est un moyen de retrouver un ancrage dans le réel, de lui rendre une valeur. Il y a un retour en force de la poésie pour cette raison-là : on en a tous marre de parler du réel avec des formules stéréotypées. On a envie de pouvoir dire nos souffrances et nos joies d’une façon parfaitement juste, qui passe par une destruction et une recomposition de la langue. Il est temps que les vieilles hiérarchies littéraires sautent"

L'auteur belge Antoine Wauters.

...et encore 5 propositions que L'Echo vous recommande!

2. Dans "Rien à déclarer", l'écrivain américain Richard Ford remue l'eau trouble où s'acclimate "l'homo americanus".

4. Eichmann à Téhéran! Édité à vingt-deux reprises depuis sa parution il y a un an, la traduction en persan d'"Eichmann à Jérusalem", de Hannah Arendt, anime les cercles intellectuels et artistiques en Iran. 

5. Lisez aussi "Black Sunday", le premier roman de Tola Rotimi Abraham. Un récit mordant qui retrace la vie d’une famille nigériane au sein d’une société minée par la corruption, les trafics d’influence et la violence faite aux femmes.

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