Le rire est la meilleure des armes

©Casterman

Avec "Le voile Noir", Dodo et Cha parviennent à rendre poilant le départ d'une jeune femme pour la Syrie...

Pauline est une jeune femme qui part en Syrie chercher un avenir meilleur dans un hypothétique califat. Cela n’a rien de drôle. Et ça l’est moins encore lorsque sa meilleure pote, Gina, se jette dans la gueule du loup pour l’arracher à ses griffes. Pourtant, avec "Le voile Noir", Dodo et Cha parviennent à rendre le sujet poilant. Les combattants de Daesh sont franchement cons, disons-le. La tante Alice, qui se porte au secours des deux jeunes femmes, est un doux mélange entre Sidonie et Haddock, et leurs aventures en Syrirak sont finalement assez rocambolesques. Des personnages qui mériteraient d’ailleurs de connaître d’autres aventures.

"Il fallait utiliser l’humour pour toucher le public que l’on cible: les ados et les pré-ados. Notre histoire n’est évidemment pas qu’une parodie. On essaye de faire passer un message", précise Dodo, plutôt coutumière des scénarios bien déjantés. Sur le thème "on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui", les deux autrices veillent, par exemple, à ne jamais rendre les fous de Dieu sympathiques à force de les ridiculiser.

Même traité de la sorte, le récit s’appuie sur la réalité qu’il dénonce. Scénariste, Dodo a rencontré une jeune "returnee" qui lui a raconté son expérience dans ces prisons pour femmes, le lavage de cerveau constant dont elle était victime "et comment elles finissaient par s’extasier devant un bébé qui voulait égorger son doudou ‘comme à la télé’".

"Nous sommes restées volontairement soft dans le traitement du sujet. Inutile d’en faire trop. Il fallait suggérer la bêtise et la cruauté sans la montrer vraiment, explique Dodo. Il n’est pas nécessaire de choquer pour faire prendre conscience", poursuit la scénariste, convaincue que la BD et l’humour sont de bons médias pour faire passer un message. "Si cela peut empêcher deux ou trois jeunes de partir, ce serait magnifique. On peut apporter quelque chose de différent."

La dessinatrice Cha avoue ne pas être sortie indemne de cette expérience. "Outre le témoignage de cette ado revenue, j’ai dû me plonger dans la doc, voir des vidéos épouvantables… pour m’imprégner des ambiances et des rues bombardées. Même si c’est pour les retranscrire de manière non-réaliste, c’était un passage obligé." Les autrices parviennent cependant à prendre suffisamment de distance pour rester sur le ton humoristique. Et les expressions des personnages ajoutent encore à la drôlerie du récit. Comme quoi, c’est possible.

Les planches originales de Cha et Dodo sont exposées au CBBD à Bruxelles jusqu’au 4 mars.


"Le voile noir" Dodo et Cha, Casterman, 46 p., 13,65 euros. Note: 3/5

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