"Le Tambour de la Moskova" | L'innocence résiste-t-elle à la boucherie de la guerre?

Simon Spruyt donne sa vision de la campagne de Russie napoléonienne à travers les yeux d'un tambour. Innocent et lâche ou juste soucieux de sa survie...

On est loin de l'imagerie officielle, de la légende que l'Empereur s'est lui-même forgée depuis sa captivité de Sainte-Hélène. "Le Tambour de la Moskova", c'est l'épopée napoléonienne vue par les yeux du plus anonyme des soldats, un jeune tambour, frais et innocent dans ce monde de brutes qui marche au son de son instrument.

Inspiré d'un personnage tout à fait secondaire de "Guerre et Paix", le jeune Vincent est loin des fastes et des ors du roman épique de Tolstoï. Avec lui, le lecteur a les pieds dans la boue, faite de terre, de neige et de sang. On se bat aux côtés des grognards, mal armés, peu formés, un peu fous, jusqu'aux portes de Moscou et dans la dramatique retraite qui a suivi.

Le mythe Napoléon

Partant de ce personnage falot, presque insignifiant, Simon Spruyt donne sa vision de la guerre et de l'époque. "Pour moi, Napoléon n'a jamais été une personne, mais un mythe, un personnage de l'Histoire. Je préfère relire l'Histoire à travers les yeux des hommes qui l'ont accompagné et qui sont morts à sa suite", confie le jeune auteur flamand qui avoue ne pas avoir anticipé le bicentenaire de la mort de Napoléon qui place son album au-devant de l'actualité.

"Pour moi, Napoléon n'a jamais été une personne, mais un mythe, un personnage de l'Histoire."
Simon Spruyt
Auteur de BD

Le jeune Vincent s'engage dans l'armée pour fuir le service de la messe. D'un sacerdoce à un autre. Il a à peine vingt ans, mais son visage angélique et diaphane lui en donne cinq ou six de moins. Enrôlé comme tambour, il est pris sous l'aile de ses ainés, autant pour son apparence juvénile que pour son visage androgyne.

"C'est le symbole de l'innocence, un ange dans le chaos de la guerre. Mais que veut dire l'innocence dans cette boucherie? Qu'en est-il du courage? En tant que tambour, il marche avec les premières lignes mais sans se battre. Quand le carnage commence, il cherche avant tout à survivre, se demandant ce qu'il fait là. Il se cache, se protège. Il suit. Est-il lâche pour autant? Je n'ai pas voulu répondre à cette question. Je reste neutre", confie Spruyt.

Ambiguïté

Et c'est l'ambiguïté du personnage du tambour qui fait aussi son intérêt. Une ambiguïté dont joue aussi l'auteur vis-à-vis des autres protagonistes qui ne résistent pas à ce charme un peu sulfureux. Jusqu'à l'empereur lui-même qui lui fait un sourire ému. Dans cet univers terriblement masculin, cette figure presque féminine jette le trouble. Spruyt ne s'en cache pas, il y a une connotation sexuelle. Mais de nouveau, il ne donne pas les réponses à cette ambiguïté.

"Le tambour est le symbole de l'innocence, un ange dans le chaos de la guerre. Mais que veut dire l'innocence dans cette boucherie?"
Simon Spruyt

Une double lecture que l'on retrouve aussi dans le graphisme utilisé par l'auteur. Très pictural, jouant essentiellement sur les couleurs plutôt que les traits, Spruyt adopte un style qui rappelle des livres pour enfants. "Une manière de prendre suffisamment de distance par rapport à la crudité des événements. Et de montrer aussi toute l'absurdité de la guerre en général et de ces soldats en particulier qui veulent sauver leur pillage jusqu'à mettre leur vie en péril."

Histoire

"Le Tambour de la Moskova"

Simon Spruyt, Le Lombard,

120 p., 19,99 €

Note de L'Echo: 3/5

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