Le western continue de faire rêver

Laurent Astier - "Déluge de feu, La Venin", tome 1. Note: 3/5. Rue de Sèvres, 66 p., 15 euros. ©Rue de Sèvres

La bulle du vendredi | Après sa biographie de voyou dans l’univers carcéral, Laurent Astier voulait retrouver la lumière. Avec le premier tome de "La venin", il signe un western féminin qui transgresse les codes du genre.

Avec "Face au mur", Laurent Astier s’était pris 4 ans de "taule" pour raconter la vie romancée de Jean-Claude Pautot, fameux voyou, braqueur, qui a passé plus de temps en prison ou en cavale qu’au soleil. "Après une telle expérience en immersion, j’avais besoin d’air et de lumière, confie Astier. Avant ‘Face au Mur’, j’étais déjà dans le polar. Je ne fais que ça depuis 2002. Il fallait que je change pour me mettre un peu en danger."

Laurent Astier – "Déluge de feu, La Venin", tome 1

Note: 3/5

Rue de Sèvres, 66 p., 15 euros

Dès 2012, il avait rangé dans un carton un petit dessin d’une femme dans l’Ouest américain. "C’était la première idée de ‘La Venin’. Il fallait la laisser mûrir, la documenter pour l’étayer. Pour arriver à cette histoire de vengeance viscérale, un peu à la manière de Monte Cristo sous le soleil de l’Ouest américain", précise Astier. Emily fuit son enfance passée avec sa mère dans les quartiers chauds de la Nouvelle-Orléans. Elle débarque à Silver Creek avec l’espoir affiché de reprendre une nouvelle vie. Mais son futur mari est six pieds sous terre et elle n’a d’autre solution que d’accepter la proposition du patron du saloon: devenir entraîneuse et un peu plus contre le gîte et le couvert. Prévu en 5 tomes, le parcours de La Venin à travers les États-Unis mélange les genres. Le western évidemment, c’est l’époque et le lieu; le road movie puisque l’héroïne bouge(ra) d’une ville à l’autre; le polar aussi puisqu’il est question d’une vengeance patiemment ourdie. Le western reste cependant la trame principale. "C’est un style qui me fait toujours rêver et qui fait toujours rêver d’ailleurs. Il a baigné nos jeunesses, avec la ‘Dernière séance’ d’Eddy Mitchell, les illustrés qu’on lisait gamin, les Blueberry… Les premières BD que j’ai dessinées étaient des westerns", confie Astier.

Féministe

Mais comme certains de ses confrères qui y reviennent également, Astier ne se contente pas d’en appliquer les codes scrupuleusement. Il en fait une relecture pour raconter une histoire résolument contemporaine. Personnage indépendant, féministe même, Emily n’a rien des faire-valoir habituellement réservés aux femmes dans les westerns. Dans ce pays qui se civilise, les femmes gagnent progressivement leur émancipation et Emily en est le porte-drapeau. "Elle est poussée par sa vengeance, ce qui la rend très dure. Mais plus on avance dans le récit, plus on découvrira ses failles et ses fragilités. On voyagera dans les États-Unis en même temps que dans la personnalité d’Emily." Pour porter son récit, Astier revient à un dessin nerveux, soignant ses cadrages pour créer des profondeurs ou déstructurer les points de vue. "Le western est à ce point codifié qu’il y a des choses que l’on n’est plus obligé de dire. Cela permet de faire avancer plus vite le récit et de se concentrer sur l’intrigue." 

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