LECTURE : Clint Eastwood. Analyse critique

Spécialiste du cinéma, Patrick Brion s’est fendu d’une remise à jour de son monument publié en 2001 et consacré au dernier des géants du cinéma américain : Clint Eastwood. Un livre incontournable qui dresse le bilan d’une carrière bien remplie et loin d’avoir été un long fleuve tranquille.

Si Clint Eastwood a désormais acquis sa place (méritée) au panthéon du 7e art, ses débuts furent pourtant loin d'être glorieux avec de nombreuses figurations dans des séries Z. C'est un rôle dans un feuilleton western, Rawhide , qui lui permettra de se mettre en selle (normal pour un western!) pour réellement débuter.
Observateur, c'est en tournant ces feuilletons à la chaîne et en observant le travail des professionnels qu'il se familiarisera avec la réalisation. Tâche qu'il mettra en pratique tout au long de sa carrière. Cependant, ce n'est pas Hollywood qui donnera réellement sa chance à Eastwood, mais bien un cinéaste italien, Sergio Leone. Lequel lui fournira, l'espace de trois westerns, une belle notoriété au sein du public européen d'abord, américain ensuite.
De même, son autre facette, celle de réalisateur, sera reconnue plus tôt en Europe, contrairement aux Etats-Unis où les critiques de cinéma l'accusèrent d'emblée de tous les maux (ou presque). De misogynie après le tournage de Play Misty for Me ou de fascisme après sa participation à la série policière Dirty Harry où il joue le rôle d'un flic aux méthodes brutales et expéditives.
Mais réduire sa carrière à ces simples clichés serait une grave erreur car, loin d'être ce réactionnaire honni, Clint Eastwood a toujours eu la volonté de dénoncer dans ses films les erreurs ou les dérives de la société américaine: la violence policière ( Dirty Harry ), la corruption ( The Gauntlet ), les erreurs judiciaires (True Crime) ou la mode américaine prônant le jeunisme ( The Heartbreak Bridge ou The Space CowBoys) . Sans pour autant être libéral dans ses convictions politiques.
Autre caractéristique de son oeuvre: l'omniprésence de la musique. L'acteur-réalisateur est un inconditionnel, grand amateur de jazz devant l'Eternel. On pense bien sûr à Bird qui retrace la vie de Charlie Parker ou Play Misty for Me (morceau d'Errol Garner). Mais il faut citer aussi Honkytonk Man ou Any Which Way You Can dans lesquels il entame la chansonnette, en compagnie de Ray Charles dans le deuxième film.


Superbement illustré, cet album publié aux éditions de la Martinière devrait plaire à un vaste public. Tant néophyte que déjà connaisseur de l'oeuvre de la star.
Ne cherchez pas les révélations personnelles ou des ragots pour magazines "people". L'auteur, Patrick Brion, est un spécialiste du cinéma américain et le démontre une fois de plus avec ses critiques fort complètes de chaque film tourné et/ou interprété par le grand Clint (au propre comme au figuré). Ici, on parle de cinéma et de cela uniquement.
Réédition mise à jour d’un ouvrage publié en 2001, ce volume monumental se clôture par deux grands films " eastwoodiens ". Après l’horreur du racisme dénoncée par Gran Torino, Invictus traite de la fraternité humaine.
Nul doute désormais. L’inspecteur Harry des années 70 a désormais déposé son calibre .44 au clou et se veut humain. Tout simplement.


Clint Eastwood, un acteur-réalisateur qui, outre son succès public, fait également l'unanimité au sein de la profession.
Comme le souligne avec humour l'acteur Donald Sutherland (partenaire à deux reprises d'Eastwood dans Kelly's Heroes et Space Cow-Boys ): "Si Clint vous appelle et vous demande de jouer dans son film pour cent mille dollars, vous lui demandez deux semaines pour réunir les cent mille dollars!"


Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

Clint Eastwood. Biographie, filmographie illustrée, analyse critique. Par Patrick Brion. 704 pages, 39,90 euros. Editions de la Martinière.

Photo : éditions de la Martinière

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