Les 17 nouvelles fantastiques de Grégoire Polet

L'auteur Grégoire Polet. ©Hélie Gallimard

Après sept romans très remarqués, tous parus chez Gallimard, Grégoire Polet publie "Soucoupes volantes", un premier recueil de nouvelles terriblement jouissif et inspiré.

Depuis «Madrid ne dort pas», «Excusez les fautes du copiste» ou encore «Leurs vies éclatantes», on dévore chaque nouveau roman du Belge Grégoire Polet avec un enthousiasme et un appétit intacts. Il y a quatre ans, le septième mettait en scène, de façon réaliste et ironique à la fois, l’irrésistible ascension du mouvement de démocratie directe «TOUS» à travers les yeux d’une jeune activiste belge, d’un vieux diplomate grec et d’un citoyen polonais. Le récit des chemins qu’on n’a pas pris, d’une réalité qui n’a pas (encore) eu lieu…

Polet nous revient aujourd’hui avec un livre inattendu: un premier recueil de nouvelles placé sous le double signe de Maupassant et Gogol. Immense nouvelliste, le premier renvoie à l’époque où ce genre littéraire était à la mode en francophonie, tandis que la dimension fantastique des nouvelles du second se retrouve ici aussi. Car ces 17 histoires courtes, dédiées par Polet à son éditeur, Jean-Marie Laclavetine, possèdent toutes une même couleur «fantastique» qui les relie entre elles: dans chacune ou presque, un élément bizarre apparaît, qui peut être le fruit d’une perception biaisée ou le signe de la folie d’un personnage…

Un couple de petits vieux bruxellois sympathiques qui sombre dans la paranoïa face à leurs héritiers, des fantômes qui surgissent à l’écoute d’un disque maléfique d’Eugène Ysaÿe ou encore l’apparition de l’ancienne propriétaire suicidée d’un appartement: autant de troubles identitaires légers qui font hésiter entre plusieurs réalités, plaçant le recueil sous la houlette d’un certain symbolisme belge – Khnopff est d’ailleurs évoqué dès les premières pages.

17 fulgurances

À la fois grinçantes, légères et mystérieuses, ces 17 fulgurances répondent parfaitement à la citation de Gogol en exergue: «Une aventure extraordinaire est arrivée aujourd’hui», qui pourrait constituer une définition de ce qu’est la nouvelle. Ce genre précieux autant que périlleux, plus rythmé que le roman et injustement délaissé des éditeurs francophones, qui le considèrent souvent comme inférieur, Polet s’y était déjà frotté à l’une ou l’autre occasion, mais c’est la première fois qu’il laisse libre cours à l’écriture spontanée dont la nouvelle a besoin – avec autant d’intelligence et de finesse que dans ses romans.

"Je ne cherche pas à composer les nouvelles par opposition au roman: ce sont vraiment deux choses très différentes."
Grégoire Polet
Auteur

Il s’agit avant tout de déjouer les évidences pour laisser l’inconscient s’exprimer dans l’instant, sans préméditation: «Je ne cherche pas à composer les nouvelles par opposition au roman: ce sont vraiment deux choses très différentes» déclare l’auteur, qui affirme avoir une confiance totale dans la sauvagerie de l’inspiration: «Si elle me saisit, elle saisira aussi le lecteur…» Et l’on est effectivement happé de bout en bout par ces histoires singulières dont la mort et l’humour ne sont jamais absents, portées par une écriture hallucinante de maîtrise et d’originalité. Un souffle brut et plein de joie pour dire les trajectoires zigzagantes et les destins fugaces de ces personnages à la fois intemporels et actuels – à déguster sans modération.

Grégoire Polet évoque "Soucoupes volantes" son dernier livre en date, un recueil de nouvelles

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