"Les aveux de la chair", inédit majeur de Michel Foucault

©OPALE

Livres | Quand la sexualité est-elle devenue ce secret qui dissimule notre vérité profonde? "Dans le monde antique!", répond le philosophe français Michel Foucault dans "Les aveux de la chair", 4e tome de son "Histoire de la sexualité", inédit jusqu’à… hier.

C’est l’histoire d’un livre dont le premier manuscrit fut déposé chez Gallimard en 1982. Absent des œuvres publiées dernièrement à la Pléiade, "Les aveux de la chair", dernier texte de Michel Foucault, a nourri de nombreux fantasmes et suscité la controverse. En juin 1984, le philosophe français s’éteint avant d’avoir pu y apporter les ultimes corrections tout en refusant une publication posthume. "Les aveux de la chair" constitue le quatrième et dernier tome – après "La volonté de savoir", "L’usage des plaisirs" et "Le souci de soi" – de l’"Histoire de la sexualité", vaste entreprise visant à réaliser une enquête historique et philosophique au sujet du désir compris comme lieu de vérité et de la sexualité interprétée comme rapport à soi.

Avec la minutie de l’archiviste chevronné, Michel Foucault avance avec patience, découvrant, comme souvent dans son œuvre, un territoire longtemps ignoré par la philosophie: à quel moment sont apparus les premiers discours concernant la sexualité? Depuis quand a-t-on organisé sa pratique, défini les comportements acceptables ou à proscrire? Pourquoi la sexualité est-elle devenue porteuse d’un tel enjeu de vérité, censée révéler ce que nous sommes? Comment les premiers penseurs chrétiens en ont-ils fait un problème crucial sous-tendant l’expérience religieuse?

©doc

À travers une lecture aussi pointue que divertissante des Pères des premiers siècles – Clément d’Alexandrie, Tertullien, Cyprien, Ambroise, Jean Chrysostome, Cassien, Augustin –, sont évoqués la virginité, la chasteté, la libido, le mariage, la pénitence, la concupiscence, le célibat et, bien sûr, la confession. "Le devoir de vérité, comme croyance et comme aveu, est au centre du christianisme. Mais, contrairement à ce que l’on croit généralement, le christianisme hérite bien d’une tradition antique. Le régime des aphrodisia, défini en fonction du mariage, de la procréation, de la disqualification des plaisirs et d’un lien de sympathie intense et respectueuse entre les époux, ce sont donc des philosophes et des directeurs non chrétiens qui l’ont formulé; c’est une société ‘païenne’ qui s’est donné la possibilité d’y reconnaître une règle de conduite acceptable pour tous – ce qui ne veut pas dire effectivement suivie par tous, tant s’en faut. Ce même régime, sans modifications essentielles, on le retrouve dans la doctrine des Pères du second siècle."

Si cette publication est à coup sûr un événement éditorial majeur de ce début d’année, elle a surtout le mérite de montrer à quel point cette pensée, en s’enracinant dans un passé lointain, continue d’éclairer notre époque en la démystifiant et en révélant ses non-dits.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content