Les éditeurs face au Covid 3/4 | Suisse: un confédéralisme adulte

Véronique Gendre a ouvert le café-librairie Livresse en 2007, spécialisé dans les thèmes de genre, le féminisme, le mouvement LGBT.

Nous écoutons aujourd’hui une éditrice, un auteur-enseignant, une libraire, le maire de Genève et le conseiller d’État à la culture. Aussi pragmatique que le Canada (moins généreuse, mais non moins active), la Suisse devrait tirer son épingle du Covid. Série 3/4

À Genève, Caroline Coutau, patronne des éditions Zoé, porte bien son nom (dont Georges Perec a malicieusement dû biffer la voyelle "e"): c’est une lame. D’emblée, elle tranche: "Ce confinement a eu des bienfaits: nous devrions recommencer deux fois par an! Il nous a permis d’enfin vendre les livres de notre fonds et de mieux nous occuper des nouveautés. En effet, je rêve de publier moins de livres, et mieux. Nous avons décalé deux nouveautés à l’automne et deux autres à 2021, afin de ne pas noyer les libraires à la réouverture. Heureusement, avec une forte assise en Suisse romande, la presse nous suit."

Caroline Coutau

Elle décrit le contexte helvétique: "La Confédération a une culture de l’entreprise très marquée. L’ordonnance fédérale de soutien aux acteurs culturels excluait les éditeurs, considérés comme des entrepreneurs." La Suisse a refusé le prix unique contre les distorsions de marché entre libraires et grosses machines de type Amazon, "que le parlement avait voté, mais qu’un référendum de la Droite a annulé". Depuis 2013, des aides et bourses ont partiellement compensé.

En somme, dans ce confédéralisme strict (ou adulte…), si Berne n’aide pas, la subsidiarité prive les éditeurs des dispositifs de crise. "Cela n’empêche pas les éditeurs de travailler", tranche encore notre lame. Autre bienfait du confinement, les cessions de droits audiovisuels ont décollé: les producteurs et les réalisateurs désœuvrés avaient le temps de lire!"

"La Confédération a une culture de l’entreprise très marquée. L’ordonnance fédérale de soutien aux acteurs culturels excluait les éditeurs, considérés comme des entrepreneurs."
Caroline Coutau
Patronne des éditions Zoé

Livresse et un marché en étoile

Christophe Solioz a pris, lui, le temps d’écrire. Selon cet essayiste spécialiste des Balkans, "les Suisses aiment acheter en librairie. Ce marché est en étoile: l’intelligentsia tessinoise est très présente chez les francophones, Zurich et Bâle se déploient vers l’Autriche, en revanche, beaucoup de livres publiés en Suisse sont imprimés en France".

Véronique Gendre

Véronique Gendre a ouvert le café-librairie Livresse en 2007, spécialisé dans les thèmes de genre, le féminisme, le mouvement LGBT. Présidente du Cercle de la librairie et de l’édition genevoise (17 librairies, 30 éditeurs, de grands noms comme Slatkine, La Baconnière), elle a dû fermer le 16 mars. Post-confinement, son chiffre d'affaires (CA) est passé de -70% à + 120% en mai. Si l’édition réalise 22% de son CA en France, elle rappelle que le prix du livre importé pâtit en outre du franc suisse fort et des taxes, ce qui en renchérit parfois le prix de vente de 70%. Le "pack culture" fédéral (280 millions de CHF) ayant exclu le livre, et sachant qu’une librairie indépendante réalise 1% de bénéfices, le Cercle qu’elle préside a réagi par une lettre ouverte à cette exclusion. La baisse de loyer de 40% aux commerçants et des prêts à 0% sur 5 ans consentis au niveau de la Confédération devraient en revanche bénéficier aussi aux libraires.

Un patrimoine fort

Thierry Apothéloz, conseiller d’État à la culture du canton de Genève, affirme sa volonté politique: "La Confédération a certes exclu l’édition et les librairies (…) de ses soutiens, ce qui accroît les risques de faillite mais à Genève, le secteur du livre, relevant du canton, repose sur un patrimoine fort. La bande dessinée, née avec Töpffer, vivante avec Zep, en est un exemple reconnu.  L’édition, foisonnante, est dévastée, mais je travaille avec les acteurs à des solutions de soutien financier du canton, toujours pionnier en ce domaine avec ses aides ponctuelles et structurelles aux éditeurs, modèle repris ailleurs en Suisse".

Sami Kanaan ©Sandra Pointet - Ville de Genève

Sami Kanaan, maire de Genève et conseiller à la culture helvéto-libanaise, en est très conscient: "La culture a été le premier secteur touché, le dernier à se relever. Nous avons maintenu toutes nos subventions aux événements divers, même annulés. Historiquement, la Suisse francophone est plus sensible à la chaîne du livre que la partie alémanique." Genève, dont les compétences culturelles ont été largement transférées au canton, a néanmoins soutenu sa trame de libraires et d’éditeurs, sur base de conventions de partenariat ou de projets.

Un mal pour un bien, "la limitation de fréquentation du fait des mesures Covid favorise les petites librairies par rapport aux grandes, qui doivent restreindre leurs entrées. Nos bibliothèques ont préservé leurs budgets d’acquisition et achètent leurs livres aux libraires locaux. Le Salon du livre de Genève annulé sera remplacé par un salon délocalisé de rencontres en ville. Et nous analysons désormais l’ensemble des métiers indépendants de la culture, afin de peaufiner nos aides."

Les éditeurs face au Covid

Sous l’emprise du Covid-19, l’édition francophone se bat. Nous avons dialogué avec des acteurs du livre de tout calibre en France, en Suisse, en Algérie, en Tunisie, au Canada et en Belgique.

1/4 France

3/4 Suisse

4/4 Belgique

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés