Les nouveaux Dicker et Musso arrivent pour relancer les librairies?

L'auteur à succès Guillaume Musso. ©AFP

Engouement des uns, snobisme des autres: la sortie très attendue des derniers romans de Dicker et Musso, habitués à frôler le demi-million d’exemplaires par opus, fédère ou divise.

Leur parution a été reportée pour cause de pandémie, les voici sur les tables de toutes les librairies: Joël Dicker et Guillaume Musso sont de retour pour le plus grand bonheur de leurs lecteurs, suscitant néanmoins un certain agacement chez ceux qui voient d’un mauvais œil ces romans "faciles", machines à succès tirées à 450.000 exemplaires pour Dicker et 400.000 pour Musso, dont ce 18e titre a vu les précommandes exploser.

Roman
«LA VIE EST UN ROMAN». GUILLAUME MUSSO

>Calmann-Levy, 304p., 21,90 euros


La fille de Flora Conway, romancière new-yorkaise, disparaît alors qu’elles jouent à cache-cache. Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, un écrivain au cœur broyé se terre dans une maison délabrée. Lui seul détient la clé du mystère…

Auteur le plus lu en France, avec 21 millions de livres vendus depuis 2011, Musso est l’un des plus vendus du confinement, avec la parution en poche de "La vie secrète des écrivains" le 18 mars dernier. "Il y a beaucoup d’auteurs dont le nom reste associé à un best-seller sans suite. Ce qui est exceptionnel dans les cas de Musso, Dicker ou Marc Levy, c’est l’acquisition d’une notoriété dans la durée", commente Tanguy Habrand (Espace Nord / ULiège).

"On pourrait presque parler d’un alignement des astres: un premier roman qui cartonne, un prix littéraire, le cap du deuxième roman franchi avec brio. Il n’y a pas de trajectoire unique mais une succession de victoires symboliques et/ou commerciales qui conduisent leur éditeur à tout miser sur eux. Dans les cas les plus emblématiques, l’auteur l’emporte sur l’éditeur: il devient une marque plus porteuse encore que son label. Tous les services commerciaux se mettent alors au service de cette marque."

Un excès de propagation médiatique qui constitue aussi le principal défaut de ces "produits": pour exister à large échelle, ces romans et leur matraquage promotionnel occupent une place démesurée en librairie et dans les médias, qui dessert les livres qui n’ont pas cette opportunité.

21 millions
Musso en chiffres
Nombre d'exemplaires de ses 17 romans vendus par Musso depuis 2011.

Chez Pax, à Liège, Nicolas Javaux, responsable du rayon littérature, voit cette sortie comme une arme à double tranchant: "Ce sont les têtes de gondoles qui font entrer de l’argent dans la caisse, ce qui n’est pas négligeable, mais leur sortie éclipse tout le reste, comme les sorties de mars passées à la trappe ou notre stock, vers lequel les lecteurs se sont tournés pendant le confinement."

L'auteur suisse Joël Dicker. ©AFP

 

Être lu, coûte que coûte

Pax en commande néanmoins une centaine d’exemplaires et en écoulera trois fois plus dans les mois qui viennent. Aux yeux du libraire, ces livres n’ont pas besoin de lui pour être défendus: "Notre métier est d’aiguiller les gens vers ce qu’ils aimeront. Beaucoup ne savent pas que choisir et se tournent vers ces livres alors que ce n’est pas forcément ce qui leur convient."

Roman
«L’Énigme de la chambre 622». Joël Dicker

>Éd. de Fallois, 576p., 23 euros

Une nuit de décembre, un meurtre a lieu au Palace de Verbier, dans les Alpes suisses. Des années plus tard, lorsqu’un écrivain se rend dans ce même hôtel pour y passer des vacances, il est loin d’imaginer qu’il va se retrouver plongé dans cette affaire.

Cette formule qui marche, Tanguy Habrand la démonte aisément: "Ce sont des livres qui ne font pas dans la rupture puisqu’il s’agit de s’adresser au plus grand nombre. Ce que recherchent leurs auteurs, ce n’est pas toujours de gagner le plus d’argent possible, mais d’être lus, de tirer une reconnaissance proportionnelle au nombre de leurs lecteurs, en y adjoignant un minimum de légitimité littéraire. Tout ceci n’en demande pas moins un travail, une maîtrise, qui font que la plupart de ces romans sont réussis et valent mieux qu’un roman expérimental raté. Pour les aborder correctement, il faudrait idéalement suspendre le jugement esthétique, évaluer leur efficacité, la qualité de l’expérience qu’ils fournissent au lecteur."

«L’auteur l’emporte sur l’éditeur: il devient une marque plus porteuse encore que son label. Tous les services commerciaux se mettent alors au service de cette marque.»
Tanguy Habrand
Espace Nord / ULiège

Pour Isabelle Bary, romancière membre du CA de la Foire du Livre de Bruxelles, l’ampleur de cette starification éclipse hélas quantité de vraies perles littéraires qui ne seront jamais dévoilées au grand public: "Toute la chaîne du livre est contaminée par cet engrenage, parfois contrainte et forcée. Parce qu’il faut en parler, même quand on ne le veut pas." Le risque étant que le livre devienne un produit marketing comme un autre…

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés