Les personnages de Veronesi sont seuls, enlacés, réconciliés

Sandro Veronesi. ©Diego Franssens

"Le Colibri", de Sandro Veronesi, a reçu le Prix du livre étranger France Inter/Le Point et le prix Strega en Italie pour sa virtuosité fellinienne où le merveilleux frôle la monstruosité, la folie ruse avec la nôtre et la bonté et l'amour triomphent de tout.

«Il y a des êtres qui se démènent toute leur vie, désireux d'avancer, connaître, conquérir, découvrir, progresser, pour s'apercevoir qu'en définitive ils n'ont jamais cherché que la vibration qui les a jetés dans le monde; pour ceux-là, les points de départ et d'arrivée coïncident». Les personnages de Sandro Veronesi sont de ceux à s'asseoir dans l'œil du cyclone et à laisser la vie leur passer dessus. Pourtant, quelle vitalité dans cet immobilisme!

Roman

«Le Colibri»
Sandro Veronesi

Traduit par Dominique Vittoz, Grasset, 373p., 22 euros

Note de L'Echo: 5/5

Marco Carrera a souffert d'un défaut de croissance, de là ce surnom de colibri, minuscule oiseau capable de faire du surplace. Marco a pris exemple sur cette prouesse pour traverser sa vie avec une sagesse à l'épreuve du divorce et de la perte des êtres chers. Sa foi constante en l'avenir du passé n'est pas un oxymore mais un antidote à notre ère emportée vers on ne sait où, comme un poulet sans tête.

Littérature et cinéma nourrissent les œuvres de Veronesi, et il leur rend hommage par des emprunts avoués, à Beckett, Dante ou au film «Les Invasions barbares» qui retissait autour d'un mourant les liens défaits d'une famille. Nous, nous entrons dans son roman avec sous les yeux les films de Nanni Moretti – qui interpréta le rôle du veuf de «Chaos calme», (Prix Femina et Prix Strega) –, un homme qui, lui aussi, à la mort de sa femme, décidait de ne plus bouger.

En attendant l'Homme Nouveau

Cette fois pourtant, le narrateur endosse toute sa famille, les défunts, les vivants, les absents et tisse le fil entre tous par les archives, les lettres – sans réponses –, les apartés et par une confiance insubmersible en sa petite-fille métissée. Il voit en elle l'Homme Nouveau, capable de restaurer notre univers déchiré, abîmé, égoïste.

Le Colibri» est un roman joyeusement triste, nostalgique, déchirant et hilarant, merveilleusement vivant, conservateur mais porté vers l'avenir.

«Le Colibri» est un roman joyeusement triste, nostalgique, déchirant et hilarant, merveilleusement vivant, conservateur mais porté vers l'avenir.

L'auteur y déploie une virtuosité fellinienne, le merveilleux frôle la monstruosité, la folie ruse avec la nôtre et la bonté et l'amour triomphent de tout. Il y a des personnages inoubliables, Luisa, aimée passionnément, chastement, pendant quarante ans, un joueur de poker digne d'un film de Tarantino scénarisé par Dostoïevski, un psychiatre qu'envierait Dieu lui-même tant il est secourable pour son prochain. Et puis il y a Florence, la Toscane, la maison du bord de mer, l'appartement familial, ces points d'ancrage de Marco qui ne peut se résoudre à quitter son enfance avant d'exhumer tout ce qu'il n'a pas vu et qui pourtant a orienté son existence.

Une existence vécue à son corps défendant, à la manière d'un Oblomov ou d'un Bartleby. Sans volonté, ni de s'enrichir, ni de réussir, de posséder ou de vaincre, pas même ses propres résistances; Marco se rendra pourtant à la jeunesse, qui reprendra le flambeau du «discernement», de la culture, de la générosité et de la sauvegarde des petites joies du quotidien.

SANDRO VERONESI – LE COLIBRI. Lecture par Pierre Baux. Rencontre animée par Sylvie Tanette

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