Lou Darsan, l’autrice qui marche

Lou Darsan par Eric Darsan.

Avec "L'Arrachée belle", la blogeuse Lou Darsan signe un premier roman insaisissable et franc: un hommage au corps féminin en mouvement.

On connaissait Lou Darsan pour son blog «Les feuilles volantes», mélangeant chroniques littéraires, récits instantanés, impressions potagères et regards portés sur le contemporain. Paru cette rentrée aux éditions La Contre Allée, son premier roman vient confirmer le talent pressenti: un enchantement du corps, des images et des sensations. C’est l’histoire d’une échappée belle, d’une femme qui quitte, presque du jour au lendemain, tout ce qui déterminait son identité sociale.

Face à la violence subie du quotidien, d’une relation de couple réduite à peau de chagrin, cette femme sans nom décide de partir pour échapper à cette perte de sens vécue jusqu’à la dépersonnalisation, la déréalisation, qui la poussent à se mettre en mouvement.

Extrait. «Elle marche. Son visage se couvre de taches de rousseur, ses rides naissantes créent des soleils aux rayons pâles autour de ses yeux. Ses cheveux dorent, sa peau se tanne, de la corne se forme sous ses pieds, elle a oublié ses chaussures près d’un lavoir, elle a volé des sandales, les a perdues (…) Elle ressemble aux gitanes des livres d’enfants et des cartes postales, que l’on trouve belles en argentique mais que l’on chasse des bancs et des porches.»

Éloge de la fuite et du nomadisme

Éloge de la fuite et du nomadisme qui se déploie contre l’aliénation contemporaine, «L’Arrachée belle» est un portrait en forme d’inventaire – de sensations et d’images – porté par une écriture physique, tellurique, dans une nature omniprésente. La richesse de la langue soutient cette fugue du corps féminin, cette métamorphose d’une femme ordinaire qui ose sortir des sentiers battus pour se fondre dans le dehors et déployer sa vie intérieure au grand air.

C’est l’histoire d’une échappée belle, d’une femme qui quitte, presque du jour au lendemain, tout ce qui déterminait son identité sociale.

On pense à «L’art de marcher» de Rebecca Solnit ou, plus récemment, à «La fin d’où nous partons» de Megan Hunter. Il y a ici des forêts sans lumière où s’aventurer en louve, des coquilles d’escargot sur lesquelles marcher pieds nus, des jambes qu’on griffe au hasard des chemins et du sang qui coule des blessures de chaque jour.

Extrait. «Au sommet du promontoire, elle s’affranchit de sa peau et de ses muscles; ses os blanchissent au soleil dans un désert, ses veines sont des océans balayés par les tempêtes (…) Un bourdon vole autour de ses pensées, ses cils sont des fougères.»

Il y a surtout, dans ce livre, un souffle et une attention portée à l’ici et maintenant, qui font de cette lecture un jaillissement et une découverte nécessaires.

Roman

«L’Arrachée belle» de Lou Darsan

>La Contre Allée, 153p., 15 euros

Note de L'Echo: 5/5

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