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"Marathon" | L'épopée oubliée d'un champion olympique

©Dargaud - Debon

Nicolas Debon retrace le parcours du marathon olympique de 1928. Un autre temps, une épopée épique

Ils sont une petite septantaine au départ dans le stade olympique d'Amsterdam. Les participants au marathon, l'épreuve phare des Olympiades de 1928 s'élancent au pied de la Marathon Toren, la bien nommée. Quand les athlètes entrent sur la piste, le public se soulève. À l'époque, les marathoniens sont les stars du sport, les forçats de la course. Il y a là les Américains, élégants, bien équipés, "les mieux nourris" selon un commentateur de l'époque; les Anglais, redoutables; trois Belges qui font office de challengers; mais les favoris, ce sont les Finlandais. Dans la foulée de Paavo Nurmi, les six membres de l'équipe scandinave font figure d'épouvantails.

Au fil de ces 120 pages haletantes, Debon parvient à installer un vrai suspens, comme on peut en vivre ces jours-ci devant son écran en regardant les directs des JO de Tokyo.

D'emblée, ils vont imprimer le rythme. Soutenu, effrayant, pour asphyxier leurs adversaires et dominer l'épreuve comme ils le font dans toutes les compétitions de demi-fonds depuis des années. Dans le car qui suit les athlètes sur la route le long de l'Amstel, dans les faubourgs puis la campagne amstellodamoise, les journalistes sont effarés par la vitesse imprimée à la course.

Parmi eux, Louis Maertens, le journaliste de L'Auto, ancêtre de L'Équipe, raconte cette épopée quasiment minute par minute, avec la verve des articles de cette époque où la presse était la seule à couvrir l'événement. Son article a servi de base au scénario de Nicolas Debon pour relater cette prouesse sportive d'un autre temps. Un texte agrémenté d'extraits de Coubertin ou encore d'écrits attribués à Paavo Nurmi.

Souffle épique

Du coup, il y a quelque chose de désuet dans le style du commentaire qui vient en "surimpression" aux images des coureurs. Mais ce caractère ajoute aussi au souffle de l'épreuve. 42 km et des poussières d'efforts et de souffrance, avec le vent comme ennemi sur la seconde moitié de l'épreuve.

Au fil de ces 120 pages haletantes, Debon parvient à installer un vrai suspens, comme on peut en vivre ces jours-ci devant son écran en regardant les directs des JO de Tokyo. Parmi les 69 participants, quatre Français constituent une équipe hétéroclite mais performante. Parmi eux, un petit bonhomme que les commentateurs ont tendance à oublier, sinon à négliger, Boughéra El Ouafi, ouvrier à la Régie Renault à Billancourt.

À mesure qu'on avance dans le livre, et dans la course, le groupe s'étiole. Les Américains, les Belges, les Anglais craquent. Même les Finlandais lâchent prise derrière un petit Japonais sautillant. Mais El Ouafi tient bon, s'enferme dans son rythme, dans ses souvenirs du Bled où il s'entrainait, dans les cailloux du désert autour des murs de la ville blanche. Et plus la course, et le récit, avance, plus Debon se focalise sur le coureur d'origine algérienne. Le récitatif qui accompagnait les coureurs se fait de plus en plus pointu aussi pour finalement s'adresser directement à El Ouafi dans un monologue intime. Est-ce le lecteur, le journaliste ou El Ouafi lui-même qui parle à travers l'effort?

Tant par la mise en page que par son écriture, Nicolas Debon attire le lecteur à la suite d'El Ouafi, dans ce voyage introspectif dans la douleur, l'effort, la volonté de tenir... Il alterne les plans très larges laissant le coureur esseulé sur une route rectiligne au milieu des champs rouges et les plans rapprochés sur la souffrance du visage. Et le dessinateur n'utilise que deux couleurs de ses crayons, le rouge de la piste qui s'étend tout au long du parcours et le bleu pour mettre en évidence les héros de cette histoire oubliée.

BD | Histoire

«Marathon»

Par Nicolas Debon

Édité par Dargaud

116p. - 19,99€

Note de L'Echo:

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