portrait

Marie Noble doit réinventer la Foire du Livre

En pleine préparation de la 51e édition de la Foire du Livre de Bruxelles, sa nouvelle commissaire, Marie Noble, se voit obligée de repenser l’événement. Elle y trouve plus une opportunité qu’une contrainte.

"Je suis davantage une entrepreneuse qu’une gestionnaire", nous lance Marie Noble à l’autre bout du fil. Cela tombe bien. De l’esprit d’entreprise, elle va en avoir besoin. Lundi l’asbl Foire du Livre de Bruxelles a annoncé que la 51e édition de l’événement, dont elle est la nouvelle commissaire générale, n’aurait pas lieu sous sa forme habituelle fin février à Tour & Taxis. Trop aléatoire, trop risqué.

CV express

45 ans, master en philologie germanique (littérature anglaise) de l’UCL

2000-2002: journaliste culturelle (Elle, Paris Match…)

2002-2004: responsable communication de Royal Boch et de l’Atomium

2004-2007 : chef de cabinet du président du Parlement francophone bruxellois en charge des dossiers culturels

2007-2013: directeur de la communication et des relations internationales au Manège Mons Maubeuge (théâtre contemporain)

2007-2015 : commissaire artistique adjointe de Mons 2015

2016-2018 : responsable de la coordination à Bozar

2018-2020 : fondatrice et directrice de Station (gestion de projets culturels et citoyens)

2019: directrice du Picture Festival dédié à l’illustration

2020: commissaire générale de la Foire du Livre de Bruxelles

En tout cas, comme baptême du feu, elle est servie. Outre la pression inhérente à un nouveau job, la voilà en plus obligée à "réinventer la Foire", comme le dit le président du conseil d’administration, Hervé Gérard. "Je vois plus cela comme une opportunité que comme une contrainte", confie-t-telle, "de toute façon décloisonner la Foire faisait partie de ma mission".

"Je suis davantage une entrepreneuse qu'une gestionnaire."
Marie Noble
Commissaire générale de la Foire du Livre de Bruxelles

Pour cette quadra diplômée en philologie germanique et multilingue qui a fait toute sa carrière dans le monde de la culture - du journalisme (Elle, Paris Match) à la création (le Picture Festival) et l’organisation (Mons 2015...) d’événements en passant par un passage en politique ("le CV parfait", glisse Hervé Gérard) – c’est l’occasion de réfléchir sur les missions de l’asbl : "Notre but est de promouvoir le livre et la culture, d’être au service de la chaîne du livre : les éditeurs, les libraires les auteurs, les distributeurs, les diffuseurs. C’est pour et avec eux que nous devons penser le nouvel événement. Je veux travailler en bonne intelligence avec eux."

Une place centrale

"La culture doit reprendre une place centrale dans la société car elle peut être un laboratoire pour notre vie future. Or elle est encore trop souvent à la marge. Mais si on n’écoute pas assez le mondes culturel, c’est aussi à lui à se faire davantage entendre."

Décentralisation

Prudente, Marie Noble ne veut pas trop en dire. Seule certitude : la Foire – si elle a lieu – ne se déroulera pas à Tour & Taxis en février. Ni au même endroit plus tard dans l’année "car les exposants ont leur calendrier : février c’est Bruxelles, après il y a d’autres salons".  Ce sera plutôt un événement décentralisé, une sorte de festival, disséminé dans la ville, voire même en Wallonie, notamment dans des lieux inattendus, et organisé à une saison où la météo est plus favorable. "De toute façon, nous avions prévu de sortir des murs du site actuel pour envahir la ville, comme le fait le festival de la BD d’Angoulême", ajoute-t-elle.

1,2
million d'euros
Le budget de la Foire du Livre de Bruxelles s'élève à 1,2 million, dont 65% viennent des exposants.

Mais il y aura une contrainte budgétaire, même si les exposants s’attendaient à cette nouvelle. "Cela va en effet nous obliger à revoir notre modèle économique, indique-t-elle ; sur un chiffre d‘affaires de 1,2 million, deux tiers viennent des contributions des exposants, cet argent nous ne l’aurons forcément plus." Ce qui l’inquiète beaucoup, c’est le sort des petits éditeurs belges dont la Foire du Livre représente quasi la seule visibilité. Voilà notamment pourquoi, selon elle, il n’y aura sans doute pas d’autre choix que de solliciter les pouvoirs publics car en ces temps troublés il ne faut pas trop compter sur le sponsoring. Avec, notamment, cet argument clé : un euro injecté dans la foire en génère sept en retour.  

Marie Noble semble sereine. La gestion de budgets culturels, par nature serrés, elle sait ce que c’est. Et son expérience protéiforme va l’aider. "C’est une occasion exceptionnelle de libérer notre créativité", conclut-elle. Rendez-vous donc début 2021 pour en savoir plus. En espérant que ce fichu virus ne bride pas ce bel enthousiasme.     

Grosse lectrice

Dans le marketing éditorial un gros lecteur est celui qui lit plus de 20 livres par an. Marie Noble en fait partie. Elle dévore surtout des romans, dans plusieurs langues. Parmi ses coups de cœur elle cite l’écrivain japonais Haruki Murakami; "Impossible", roman de l’Italien Erri De Luca, qui donne à réfléchir sur le monde de la justice, et, parmi les classiques, Virginia Woolf. Son livre de chevet c’est "Confiteor", de Jaume Cabré, "une brique qui traverse le 20e siècle". Elle s’est aussi récemment mise à la BD contemporaine, qu’elle ne connaissait pas bien.

Le désarroi de la culture

Privé de quasiment toute possibilité d’expression, le monde de la culture est dans un profond désarroi. "Cela me désole, c’est pourtant un secteur qui a pris toutes les mesures de sécurité nécessaires en faisant souvent plus que ce qui lui était demandé ; pendant ce temps, on peut continuer à s’entasser dans des avions ou faire du shopping pour des biens non indispensables..."

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