Marie Noble: "Nous voulons que le livre fasse partie de la vie"

Marie Noble, directrice de la Foire du livre. ©Dieter Telemans

À la veille d’une semaine de rencontres professionnelles, la nouvelle commissaire générale de la Foire du Livre détaille ses formules innovantes.

Une semaine de rencontres professionnelles en ligne  se tiendra du 22 au 27 février, tandis que 150 moments de rencontre seront proposés dans le cadre de la Foire du livre, du 6 au 16 mai prochain, dans une trentaine de lieux publics ou privés, sur inscription et dans le respect des règles sanitaires. Le festival, qui aura pour invité d'honneur le romancier italien Erri de Luca, doit donc se réinventer profondément, ce qui ne fait pas peur à Marie Noble. Que du contraire.

Ce programme de rencontres professionnelles existe depuis deux ans, en marge de la Foire du livre elle-même: quelle forme prend-il cette année?

Vu le contexte, tout se passe en visioconférence, sous différents formats, y compris participatifs. Cela fait des mois que le secteur ne s’est pas retrouvé dans un cadre «officiel»: vu l’urgence, il nous a semblé essentiel de maintenir ce rassemblement pour réfléchir à la suite. Comment traverser cette crise? Comment développer une nouvelle synergie de solidarité, une nouvelle écologie de notre industrie? Pour la première fois, c’est nous qui avons mis autour de la table les fédérations professionnelles belges et européennes de la chaîne du livre. Ces 8 opérateurs ont organisé collectivement la journée des Assises européennes du Livre, pour répondre au mieux aux attentes des différents secteurs. C’est le vrai changement de cette édition, à laquelle se sont inscrits plus de participants que l’an dernier!

Y a-t-il un enseignement positif à retirer de ces nouvelles modalités virtuelles?

La crise sanitaire a créé une énorme solidarité et offert la possibilité de tenter des choses ensemble, autrement, de ne plus faire «comme avant». Le numérique nous a beaucoup apporté: il a accéléré notre réflexion, notre envie de pousser à fond le laboratoire d’autres pratiques, comme celle d’être un trait d’union entre tous les acteurs de la chaîne du livre. On s’est vite formés à ce mode virtuel, qui offre une hybridité des formats plus aisée tout en restant humain et sympathique! Avec un peu d’expérience et d’expertise, on peut travailler en intelligence collective, en sous-groupes, et toucher tous les types de professionnels, du grand public aux bibliothèques, des traducteurs aux éditeurs. La journée des Assises européennes, qui va rassembler 400 personnes en visioconférence, aurait été inenvisageable autrement. On n’aurait pas pu rassembler autant de partenaires en vrai.

Podcast Marie Noble

Votre vision de la culture dans les dix années à venir est très novatrice: en quoi la prochaine Foire du livre, prévue en mai, se veut-elle une première mouture de ce "laboratoire"?

La foire du livre aura lieu hors les murs de Tour & Taxis, dans une trentaine de lieux bruxellois, pendant 10 jours. Ce festival est un projet pilote: une zone franche pour nous permettre d’exister et de servir notre mission de promotion du livre et de la lecture. Imaginer quelque chose qui sort des clous, c’est bien, mais ensuite il faut y aller, tester des choses: c’est l’action qui m’intéresse. Il faut s’ouvrir et sortir! Le laboratoire dont je rêve est déjà en germe par cet ancrage sur le territoire, ce trait d’union entre le livre et la ville, ses opérateurs culturels et ses habitants.

Cette année, on va fêter les 20 ans de la déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle: je suis très intéressée par cette définition de la culture comme ensemble de modes de vie, de systèmes de valeurs, de traditions, de croyances. Cette approche essentielle de l’humain, qui place la culture au centre, peut paraître vague mais on s’y essaie concrètement, en espérant trouver des formats qui répondent à cette notion de diversité culturelle englobante et immanente. Avec ce festival, nous voulons que le livre soit partout, dans les lieux publics, les restos, les cuisines. Qu’il fasse partie de la vie!

«On s’est vite formés à ce mode virtuel, qui offre une hybridité des formats plus aisée tout en restant humain et sympathique! Avec un peu d’expérience et d’expertise, on peut travailler en intelligence collective»
Marie Noble
Directrice de la Foire du livre

Quelle est votre vision en termes de management?

Je suis très intéressée par les entreprises libérées: une méthode qui commence à essaimer et qui fonctionne avec peu de hiérarchie, davantage de responsabilisation, d’autonomie, sur le principe d’un leadership bienveillant et accompagnant. Ce «paradigme opale» proposé par Frédéric Laloux se fonde sur la consultation, l’intelligence collective et la responsabilisation. C’est ce que j’ai proposé en arrivant à la foire et j’y suis très attentive. Je suis arrivée avec une méthodologie assez simple – une boîte à outils pour mettre ça en place. Ma première mission en 2020 a été de clarifier nos valeurs, la vision et les perspectives de notre association, afin de travailler avec des objectifs communs et de créer une adhésion forte au projet. Nous avons ensuite décliné le travail en ateliers thématiques, en nous entourant de nombreuses personnes – jusqu’à 200 participants depuis le printemps dernier!

La Foire du Livre

Du 22 au 26 février > Semaine professionnelle

Du 6 au 16 mai > Festival décentralisé

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