Martha Cannary avant Calamity Jane

Comment une jeune fille timide devient-elle une légende de l’Ouest américain, ce personnage de la mythologie du western: Calamity Jane.

Wild West. L’ouest sauvage. Cet Ouest où tout est à découvrir, à créer, à prendre. Mais où aucune règle n’accompagne les premiers colons qui viennent explorer ce pays de cocagne, si ce n’est la loi du plus fort et de la manipulation. Martha Cannary n’est qu’une gamine quand le chariot de sa famille est sauvagement attaqué par des pillards. Elle est laissée pour morte.

Pas de romance ou de beaux sentiments dans cette relation, simplement deux ours solitaires que se croisent et se côtoient.

"De Calamity Jane, on ne connaît que le mythe, véhiculé au départ par des journalistes de l’époque, partis explorer cet Ouest sauvage à la recherche de bons sujets pour faire frissonner les bourgeois de Boston ou de New York. Il y a donc dès le départ une bonne part de romance et d’exagération sans doute dans l’histoire de Calamity. Martha Cannary a sans doute déjà beaucoup brodé en racontant sa propre histoire", précise le scénariste Thierry Gloris. Comment la jeune Martha, traumatisée dès l’enfance, devenue femme d’ouvrage dans un bordel est-elle devenue Calamity? C’est la question à laquelle Gloris et Jacques Lamontagne ont voulu répondre en s’appuyant sur la littérature de l’époque et sur les lettres de Martha à sa fille notamment.

Start-up/Scale-up

Sans être spécialistes, du western (ils avouent avoir juste lu Blueberry, mais sans plus…) les deux auteurs jouent de tous les codes du genre. "On avait des passages obligés dans l’histoire de Calamity. Des événements avérés qu’il fallait raconter. Pour le reste, j’ai brodé et je me suis amusé" confie Gloris.

"Des brutes dans un monde de brutes"

Comme souvent, le destin de Martha Cannary se joue sur une rencontre, celle de Wild Bill Hickok, autre figure de la conquête de l’Ouest américain. "Au départ, c’était lui le personnage principal de ce diptyque. Mais progressivement, Calamity a pris plus de place. Mais nous avons essayé de faire autre chose que le duo classique de personnages forts", précise encore Gloris. Pas de romance ou de beaux sentiments dans cette relation, simplement deux ours solitaires que se croisent et se côtoient. "Wild Bill n’est ni bon ni mauvais, mais il a un sens assez aigu de la justice. Et la manière dont Martha se fait tabasser et manipuler par son souteneur ne lui plaît pas. Alors il lui donne des conseils pour tenter de s’en sortir. Mais il ne l’aide pas directement pour autant." 

"Cette ambiance et cette époque permettent aussi de comprendre comment un personnage comme Trump a pu devenir président des États-Unis."
Thierry Gloris
Scénariste

"Nous avons cherché à garder une vision très réaliste, même un peu crue de la rudesse du Western. Qui ne laisse pas beaucoup de place pour les sentiments." Le dessinateur québécois Jacques Lamontagne s’attache, par un dessin très réaliste, à rendre cette violence sans fard. On sent la boue, la neige mouillée et la crasse sous les ongles de ses personnages. "Il ne fallait pas que l’on s’attache aux personnages ou aux situations. Ce sont des brutes dans un monde de brutes. On comprend mieux comment Martha Cannary évolue vers Calamity Jane", précise le dessinateur.

Par le traitement qu’ils en font, les auteurs donnent au récit des accents très contemporains. On sent poindre derrière l’attitude rebelle de Martha Cannary les prémices de #MeToo, quand elle s’insurge et se révolte contre son "sauveur". "Et puis cette ambiance et cette époque permettent aussi de comprendre comment un personnage comme Trump a pu devenir président des États-Unis. On retrouve dans ses électeurs l’esprit de conquête, de liberté, de force un peu brute qui animait les conquérants de l’Ouest sauvage…" conclut Gloris.

Calamity Jane, Wild West tome 1, Lamontagne et Gloris, Dupuis, 56 p., 14,5 EUR

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