"Me voici", le roman jouissif de Jonathan Safran Foer, l'auteur dont on parle

Jonathan Safran Foer ©Merlijn Doomernik/Hollandse H...

Les questions que se posent un quarantenaire sur la paternité et le couple, doublées d'une dystopie: et que ferait-il en tant que Juif américain si Israël s'effondrait?

On attendait son retour depuis de longues années, mais Jonathan Safran Foer est un romancier économe, de ceux qui écrivent même quand ils n’écrivent pas: c’est après de longues années de latence qu’est paru l’an dernier "Here I am", disponible cet automne dans sa traduction française, aux éditions de l’Olivier.

On y retrouve l’auteur de "Tout est illuminé" (2002) et d’"Extrêmement fort et incroyablement près" (2005) devenu père et quadragénaire: nul doute que ce double bouleversement personnel est venu infuser son processus de création, livrant aux lecteurs un épais roman tragicomique sur la crise du couple (celui que forment Jacob et Julia Bloch, Juifs américains bobo de Washington DC), sur fond de dystopie (l’hypothétique effondrement d’Israël suite à un tremblement de terre cataclysmique ayant ravagé le Moyen Orient, avec de nombreuses conséquences politiques au cœur d’une région déjà sensiblement troublée). Rien de très joyeux?

Jonathan Safran Foer, "Me voici". Éd. de l’Olivier, 752p., 24 euros. Note: 5/5. ©rv doc

Et bien si! Foer ne se contente pas de décrire cette double catastrophe, personnelle et collective: il l’écrit dans une langue truffée d’images, d’intelligence et d’inventivité, infiltrant l’esprit de ses personnages avec un brio à couper le souffle.

Tout démarre avec Sam, fils aîné de la famille Bloch, accusé d’injures racistes par le rabbin de son école hébraïque alors qu’il est sur le point de fêter sa bar-mitsva, et préférant échapper à ses parents en se plongeant dans "Other Life".

À ses côtés pataugent ses deux petits frères, Max et Benjy, Argos le vieux chien, et Isaac, aïeul de la famille Bloch, parvenu en Amérique après avoir échappé de peu à la Shoah 70 ans auparavant. Débarquent également les cousins israéliens, échappant de peu au séisme et soulignant le fossé culturel qui les sépare de leurs parents juifs états-uniens.

Une réflexion corrosive sur la diaspora et ses ondes de choc, trois générations après l’Holocauste, mêlée aux trahisons et aux frustrations que rencontre chaque famille à un moment ou l’autre de son parcours.

L’ultime talent de Foer est d’orchestrer le tout avec un sens du dialogue à la fois jubilatoire et tranchant comme un couperet, allant jusqu’à jouer d’une métaréflexion sur le sens de la fiction quand il s’avère que Jacob écrit en secret un scénario qui raconte (et anticipe) les péripéties de sa propre famille: "L’écriture suivait le rythme des rebondissements de la vie de Jacob. Ou sa vie suivait le rythme de l’écriture. Parfois, c’était difficile à démêler. (…) Parfois, Julia disait ou faisait des choses si affreusement similaires à ce que Jacob avait écrit qu’il en arrivait à se demander si elle ne les avait pas lues avant." Éblouissant!

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