"Mes personnages sont au centre de tout"

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Bernard Minier, l’as du thriller français et créateur du commandant Servaz, explore une nouvelle voie dans "M, le bord de l’abîme".

En sept ans et sept romans, Bernard Minier s’est imposé comme l’un des auteurs de thrillers les plus lus en France, avec près de 3 millions d’exemplaires vendus! Rencontre avec le créateur du commandant Servaz alors que paraît "M, au bord de l’abîme".

Bernard Minier, vous êtes devenu un auteur de polars incontournable. C’était votre ambition?

Je ne suis pas du tout spécialiste du roman policier. Au contraire, je lisais plein d’autres choses avant d’en écrire. J’ai commencé à en lire pour comprendre comment ça fonctionne. J’ai compris que c’était avant tout un exercice de style, et je voulais voir si j’en étais capable. Aujourd’hui, j’en lis beaucoup, notamment parce que tous mes confrères m’envoient leurs livres! (rires) "Glacé" est ma première incursion dans le genre. La difficulté, une fois les codes assimilés, est de les dépasser pour en faire autre chose. S’affranchir de la technique et la sublimer.

Vous avez créé un personnage qui a fidélisé vos lecteurs, Martin Servaz…

C’est en lisant Henning Mankell que je me suis rendu compte qu’on pouvait aussi parler de la vie des gens dans un polar. C’est ce que j’ai essayé de faire avec la série des Servaz: développer une enquête palpitante mais aussi, surtout, donner à voir toute la vie quotidienne des personnages!

Dans la littérature de genre, on a évidemment l’obligation de soigner l’intrigue, mais je compare le polar au patinage artistique, où on alterne entre figures imposées et libres. Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les figures libres, ce qui vient vraiment de soi: les personnages, l’atmosphère. L’intrigue, c’est en quelque sorte un prétexte.

Dans "M, au bord de l’abîme", vous délaissez Servaz et filez en Asie…

J’ai hanté Hong Kong de nuit comme de jour pour explorer les lieux que je décris, même les plus reculés comme les Nouveaux Territoires, où les touristes ne vont jamais. Aucune idée ne me vient sans décor ou atmosphère. Mes désirs naissent de là, comme un peintre qui choisirait d’abord la toile de fond. Le génie des lieux est fondamental: il donne sa couleur au roman.

Bernard Minier - "M, le bord de l’abîme". XOÉditions, 557 p., 21,90 euros. Note: 4/5 ©XO Editions

J’ai une écriture assez visuelle, j’aime inscrire les détails. J’essaie d’immerger le lecteur. Je raconte une histoire mais je veux aussi qu’il éprouve ce que mes personnages ressentent, qu’il puisse les suivre pas à pas. Que l’identification soit totale. C’est une stratégie consciente et permanente, qui passe par un champ sémantique lié aux sens, aux émotions. Je ne recule devant rien pour me documenter mais c’est vrai que, pour un premier roman, je n’aurais peut-être pas installé le personnage de Moïra au dernier étage du Ritz Carlton, la note de frais aurait été trop élevée!

L’intelligence artificielle, c’est un sujet que vous connaissiez bien?

Pas du tout. Il a fallu que j’aille lire tout ce qui avait été écrit là-dessus. Mon autre défi était de me mettre dans la peau d’un personnage féminin, et de situer ce roman en Asie. Ce livre, c’était une échelle de Jacob, une succession de défis ambitieux qui m’ont fait douter à plusieurs reprises. Et tout le monde me demande toujours quand le commandant Servaz revient! C’est le défi quand on exploite toujours le même personnage. Bon, je dois confesser que j’étais moi-même moins attaché aux romans de Mankell où n’apparaissait pas Wallander. Mais, de temps à autre, c’est bien d’explorer de nouvelles voies.

"M, le bord de l’abîme"

Jeune Française ayant débarqué à Hong Kong, Moïra s’infiltre dans les coulisses de Ming, géant chinois du numérique qui prépare une révolution dans le domaine de l’intelligence artificielle. Dès le premier soir, elle est abordée par la police locale, tandis que les morts violentes se multiplient parmi les employés de l’entreprise. Ni roman d’anticipation, ni de science-fiction, le septième livre de Bernard Minier se veut un thriller contemporain richement documenté, qui révèle la violence et la perversité à l’œuvre derrière les technologies de pointe. Abandonnant pour quelque temps Martin Servaz, son personnage fétiche, Minier se glisse dans la peau d’une jeune femme pour mener l’enquête. En quête de nouveauté, il prend le risque de se délocaliser et fait de Hong Kong un personnage à part entière, à l’image de "Nécropolis", "Manhattan Transfer" ou encore de "L’ombre du vent". Une atmosphère de choc culturel entre Occident et Orient qui sert une construction narrative somme toute assez simple, où l’auteur prend le temps d’installer ses ambiances et joue au démiurge en immergeant ses protagonistes dans la tempête – symbolique et réelle. Avec une belle accélération finale et une alternance de points de vue qui maintient en haleine sur plus de 500 pages!

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