Michel Claise: "Anvers, ce n'est pas la Belgique, c'est une capitale du crime mondial"

©Frédéric Pauwels /HUMA

Le juge d'instruction Michel Claise vient de publier "Les années d'Or", son douzième roman. Il nous a reçus chez lui pour parler écriture, sans langue de bois. "De la violence naît le sacré", lance-t-il.

Il y a du soleil, cet après-midi-là, lorsque nous nous rendons chez le juge d'instruction Michel Claise. Mais cette fois, ce n'est pas le juge qui nous intéresse, mais bien l'écrivain. En publiant "Les années d'or", Michel Claise offre à lire son douzième roman. Pas mal pour une carrière démarrée, un peu par hasard, en 2006. Le juge-écrivain est généreux, les bonnes charcuteries et le vin ne manquent pas. En prime, on repartira de là avec le titre de son nouvel ouvrage...

En réalité, Michel Claise a écrit "Salle des pas perdus", son premier roman, à la fin des années nonante alors qu'il était encore avocat. Le manuscrit à peine terminé, il l'a confié à quelques amis qui, tous, ont salué sa qualité, avant que Michel Claise ne le range dans un tiroir. En 2006, les éditions Labor lui confient un manuscrit à relire. Michel Claise le trouve très mauvais et il ne se prive pas pour le dire haut et fort. Un peu piqué au vif, l'éditeur rappelle Michel Claise pour, à peu de choses près, lui demander pour qui il se prend.

"Je lui ai répondu que j'aimais lire, mais que j'aimais aussi la syntaxe et la grammaire", raconte Michel Claise, amusé. Toujours pas calmé, l'éditeur demande alors à l'avocat s'il a déjà écrit. C'est à cette occasion que le manuscrit de "Salle des pas perdus" ressort enfin du tiroir. "L'éditeur m'a alors demandé deux à trois mois pour le lire. Cette nuit-là, à deux heures du matin, mon GSM a fait ding-ding. C'était l'éditeur qui m'écrivait en m'expliquant qu'il avait commencé la lecture de manuscrit à 20 heures et qu'il n'arrivait pas à le lâcher". La carrière d'écrivain de Michel Claise était lancée.

"En promenant mon chien un matin, je me suis dit qu'il serait facile pour moi de parler de la guerre, parce que la guerre, c'est la violence. Toute forme de spiritualité part de la violence. De la violence naît le sacré."
Michel Claise
Auteur et juge d'instruction

L'envie d'écrire du juge d'instruction remonte en réalité à l'année 1996. "Ma vie spirituelle était en pleine éclosion et j'ai ressenti qu'il y avait quelque chose en moi que j'avais besoin d'exprimer", raconte le juge. Lui qui avait fait rire ses semblables en écrivant plusieurs spectacles pour la revue du jeune barreau a ressenti le besoin d'écrire autre chose.

De son propre aveu, Michel Claise ne sait pas d'où vient son imagination, mais cette fois, le juge ne compte pas pousser trop loin ses investigations. "J'appelle cela le complexe d'Orphée, comme si l'imagination était une main qui me pousse dans le dos. Mais je ne peux pas me retourner pour rationaliser cette présence car, comme Eurydice et Orphée ont vu les portes de l'enfer se refermer, je redoute que les portes de ne se referment sur mon imagination. Laisse-toi pousser et ne cherche à savoir; pour moi, c'est fondamental", explique Michel Claise.

©Frédéric Pauwels /HUMA

Refus de la pensée unique

Au moment se lancer dans la rédaction de son premier livre, Michel Claise, très sensible au refus de la pensée unique, voulait exprimer les choses à partir d'une thématique factuelle. "En promenant mon chien un matin, je me suis dit qu'il serait facile pour moi de parler de la guerre, parce que la guerre, c'est la violence. Toute forme de spiritualité part de la violence. De la violence naît le sacré", explique celui qui a été bercé par les récits de guerre de ses grands-parents boulangers qui l'ont élevé. "À partir des récits de mes grands-parents, je sentais qu'il était possible que je développe ces thèmes que j'avais en moi, qui étaient en train de bouillonner et que j'avais envie de faire éclater", raconte-t-il.

C'est ce refus de la pensée unique, omniprésent dans le discours de Michel Claise, qui lui a permis de faire d'un Waffen-SS l'un de ses héros de papier. "C'est un des personnages que j'ai voulu le plus sympathique dans mes romans, quelqu'un qui s'est fourvoyé pour des motifs personnels. Il s'est perdu, il s'est trompé de chemin et puis, par la suite, il devient un héros, un anti-raciste. Je pense qu'à un moment, il faut admettre que quelqu'un puisse se tromper".

"Cette nuit-là, à deux heures de matin, mon GSM a fait ding-ding. C'était l'éditeur qui m'écrivait en m'expliquant qu'il avait commencé la lecture de manuscrit à 20 heures et qu'il n'arrivait pas à le lâcher."
Michel Claise
Auteur et juge d'instruction

Le juge d'instruction n'est jamais loin de l'écrivain. "En tant que juge, quand je vois ces malheureux devant moi qui n'ont pas eu de chance dans la vie, cela me touche, ce n'est pas marrant... Et quand je vois ces grands financiers qui attendent avec cynisme que cela se passe pour en profiter en étant condamné à des peines plus légères parce que notre Justice est laxiste, quand je mets les choses ensemble, cela me fâche", explique Michel Claise.

"Les années d'or", le livre qu'il vient de publier est la suite de "Salle des pas perdus" (entre-temps rebaptisé "Les années guerre") et des "Années paix". Cette fois, le juge-écrivain aborde les Golden Sixties, toujours par le biais d'une galerie de personnages récurrents (et quelques nouveaux) que l'on voit évoluer au fil des ouvrages. Ce livre est également une sorte de "coming-out" maçonnique. Le juge-écrivain n'a jamais fait grand mystère de son appartenance à une loge.

Dans "Les années d'or", il va plus loin. "J'y exprime ma conception de la maçonnerie à travers un parrainage qui est celui que j'avais vécu avec Guy Uyttendaele, le père de Marc, qui était mon maître de stage et qui m'avait parrainé en loge", raconte celui qui explique avoir été initié en 1985. La suite des "Années d'or" s'amorce dans la tête de Michel Claise. Il abordera les "Années plomb", celles de la crise du pétrole, de la récession et la montée du terrorisme.

Crimes d'initiés

Mais avant cela, il compte se lancer dans la rédaction d'un polar qu'il est actuellement en train de construire. "Écrire, c'est rêver et l'écriture, c'est se mettre devant un clavier et sortir ce qu'il y a en vous", explique encore l'écrivain. Le polar s'appellera "Crimes d'initiés". "Les initiés sont des membres d'organisations criminelles qui sont initiés dans des structures comme les triades chinoises et la Cosa nostra. Je suis fasciné par ces fonctionnements secrets qui garantissent leur pérennité et je voudrais les décrire", raconte l'écrivain qui précise que ce roman à venir sera très international.

"Je vais parler de ce qu'il se passe à Anvers parce que la connexion des mafias est parfaite là-bas. Je me permettrai de la décrire telle que nous en avons eu connaissance", raconte l'écrivain qui, cette fois, semble s'effacer devant le juge. "Cela ne va pas être gentil. Anvers, ce n'est pas la Belgique, c'est une capitale du crime mondial", argumente-t-il. Pas certain que le bourgmestre de la cité portuaire appréciera. Bart De Wever, si vous nous lisez...

"Je vais parler de ce qu'il se passe à Anvers parce que la connexion des mafias est parfaite là-bas. Je me permettrai de la décrire telle que nous en avons eu connaissance."
Michel Claise
Auteur et juge d'instruction

Avant que l'on ne se quitte, l'écrivain tient à revenir sur le Prix des lycéens qui lui a été remis en mai 2009 pour son livre "Cobre". Pas tant pour le prix en tant que tel que pour ce qui l'entoure, la rencontre avec ce public d'élèves, des visites en classes. "J'ai vu des centaines de gamines et de gamins et je n'ai pas eu une seule mauvaise question", raconte-t-il, avant d'enchaîner: "Dans 'Cobre', mon héros n'a pas eu de père, ce qui est mon cas. Un moment, un élève m'a dit que mon héros, c'était moi. Qu'un gamin de 17 ans mette le doigt dessus, j'ai eu envie de l'embrasser. Puis, sa professeure m'a dit qu'il avait le même vécu", s'émeut l'écrivain qui s'émerveille encore d'avoir reçu des lettres et des dessins des élèves. "J'ai tout gardé. C'est fabuleux".

Michel Claise présente "Les années d’or" (Salle des pas perdus III) - Interview: Nicolas Dewaelheyns

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