Mise au vert pour Titeuf

Après quatre ans d'absence, Zep revient à son personnage fétiche avec une envie palpable d'une histoire complète de la meilleure veine.

Depuis 28 ans qu'il vit avec ce gamin, il est clair que Zep ne peut vivre bien longtemps sans revenir à Titeuf. Et là, ça faisait quatre ans qu'ils ne s'étaient plus retrouvés autour d'un album. L'auteur suisse s'était lancé dans d'autres projets, des albums one-shot réalistes plus personnels ou la réédition augmentée du "Guide du zizi sexuel" qui reste un best-seller international.

"Je ne peux clairement pas me passer de lui. Il y a plein de choses que je ne peux faire qu'avec lui. Parce qu'il a cette liberté de ton qui permet d'aborder énormément de sujets de manière sérieuse et décalée à la fois." Mais lorsque Zep travaille sur d'autres projets, Titeuf trotte toujours dans un coin de sa tête et il noircit ses carnets d'idées, de réflexion, de bouts de gags qui, mis ensemble, pourront faire un album le moment venu. "Lorsque l'envie est là", exprime-t-il.

Une histoire complète, c'est pour moi aussi une manière de briser la mécanique des gags, pour ne pas user le lecteur ou l'univers de Titeuf.
Zep
Auteur de BD

Sauf qu'avec "La grande aventure", Zep s'est attaqué à une histoire complète comme il ne l'a fait qu'à trois ou quatre reprises au long des 17 albums de la série. "Je partais de rien. L'écriture est différente que pour des gags ou des histoires courtes forcément, même si c'est ici une suite de séquences dans le même cadre", précise l'auteur.

Colonie de vacances

Voilà donc Titeuf sorti de sa zone de confort, de sa cour d'école, de sa chambre et de ses jeux vidéos, de ses potes, hormis l'inséparable Manu. Et plutôt que de partir pour un stage de jeux vidéo, les deux compères sont envoyés en colonie de vacances, au Bois des Ours, sous tente, sans réseau et sans écran, avec plein de gens qu'ils ne connaissent pas. Une aventure en soi pour le gamin à la mèche blonde.

"Il faut dire que des gamins de 10 ans penchés sur leurs écrans en permanence, c'est un peu chiant à dessiner autant qu'à regarder."
Zep
Auteur de BD

"Une histoire complète, c'est pour moi aussi une manière de briser la mécanique des gags, pour ne pas user le lecteur ou l'univers de Titeuf. Je suis incapable de rester tout le temps dans le gaufrier classique de la planche. Il faut varier les plaisirs."

Et du coup, le travail plus personnel de Zep influence aussi sa réflexion sur Titeuf. Cette "mise au vert" dans un camp de vacances en pleine nature s'inscrit dans la lignée de "The End", un récit fantastique où la forêt était le personnage principal. "Cela me semblait amusant de voir comment Titeuf allait réagir dans cet environnement. Et puis il faut dire que des gamins de 10 ans penchés sur leurs écrans en permanence, c'est un peu chiant à dessiner autant qu'à regarder. Même pour des gamins de 10 ans d'ailleurs."

D'ailleurs, Zep nous l'avoue: les jeux, les consoles et les écrans, ce n'est pas sa génération. "Donc je risque de poser un jugement qui sera celui d'un parent-éducateur et pas de Titeuf. Or, il est essentiel de toujours analyser les choses de son point de vue, quelle que soit la gravité des thèmes abordés", confie-t-il.

Parce qu'avec Titeuf, il y a toujours un fond derrière le gag. Il est question ici d'écologie, d'amours de vacances, de relations entre adultes et enfants... Si Titeuf reste fidèle à lui-même avec ce mélange de candeur et de maturité, la série évolue avec la société. Si le "pédophilisme" tracasse Titeuf et ses potes, l'homosexualité, elle, ne le heurte plus ni le dérange.

Humour

Titeuf 17: "La grande aventure"

Zep, Glénat,

48 p., 10,95 €

Note de L'Echo: 3/5

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