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Mon Royaume pour une maison moche

©Kevin Faingnaert

Dix ans après la publication de ses premiers clichés des plus hideux pénates du pays, Hannes Coudenys remet le couvert: par bonheur, des catastrophes architecturales, il continue d’en pleuvoir!

Ado, il a beaucoup roulé à vélo vers l’école. De Torhout à Bruges, 20 kilomètres aller, 20 kilomètres retour, tout le long d’une chaussée flamande "typique": une succession interminable de Brico, de cimetières, de commerces de matelas, d’effroyables fermettes, d’affreuses pyramides, de fausses haciendas. L’expérience dut être plutôt traumatisante, puisque le jeune homme publie ensuite, en 2011, sur un site web qu’il intitule sans équivoque "Ugly Belgian Houses" (Vilaines maisons belges), une série d’images de bâtisses incontestablement disgracieuses.

Hannes Coudenys, vloggeur et créatif de son état, fait d’emblée un tabac. Ses posts se succèdent et donnent lieu, en 2015, à la parution d’un livre qui rassemble ses trouvailles les plus abominables, puis, en 2019, à une séquence hebdomadaire du programme télévisé "Iedereen Beroemd" (VRT Eén) qui le voit sonner aux portes de ces demeures, pour s’excuser publiquement du dommage médiatique infligé à ses occupants… Une décennie après le premier tour pendable, on aurait pu croire la cote de l’iconoclaste, 39 ans à présent, définitivement retombée, et le nombre de ces édifices laiderons en déclin. Que nenni: des maisons monstrueuses continuent de sortir de terre comme des champignons en automne. "C’est encore pis", lâche Coudenys, goguenard. "Une histoire sans fin: il existe 4,5 millions de maisons en Belgique, mettons que 10% d’entre elles sont moches à souhait, ça en fait encore un bon paquet à découvrir."

D’autant qu’avec quelque 100 000 suiveurs en ligne, des milliers de contributeurs serviables n’ont jamais cessé de fournir au compilateur de l’excellente matière: chaque jour, Coudenys reçoit par mail, en moyenne, cinq nouveaux chefs-d’œuvre d’architecture. Assez pour alimenter une suite au recueil, titré modestement "More Ugly Belgian Houses". On y trouve 80 perles, toutes légendées avec humour, en anglais et en néerlandais: presbytère-igloo, chalet-navire en détresse, masures aux gouttières surdimensionnées ou affublées d’oreilles de Batman, château croulant sous les caméras de surveillance et les aigles de pierre menaçants – mais qui voudrait y pénétrer?

Ugly Belgian Houses ©Kevin Faingnaert

On pleure, autant de rire que de désespoir

On pleure, autant de rire que de désespoir. Un chapitre particulier est consacré aux chaumières pyramidales à base carrée, "une spécialité belge, jamais vue ailleurs, sauf en Égypte." Coudenys, qui en a recensé une vingtaine, dans le pays, continue à se poser des questions: comment leurs habitants dressent-ils une armoire contre un mur? Et comment y obturer parfaitement une fenêtre par un rideau? Autre particularité très répandue: les murs extérieurs aveugles, qui semblent attendre un logis voisin, qui n’arrive jamais… "Parfois, la législation change: après trente ans, les propriétaires sont autorisés à y percer des fenêtres, étroites comme des meurtrières."

"Une histoire sans fin: il existe 4,5 millions de maisons en Belgique, disons que 10% d’entre elles sont moches à souhait, ça en fait encore un bon paquet à découvrir."
Hannes Coudenys
L'auteur

Mais c’est l’absence d’ouvertures sur le monde qui choque le plus, convient Coudenys: "Une maison sans fenêtre procure un très désagréable sentiment d’hostilité. Que l’architecture soit brutale, dure, douce, ou toute en courbures, ces esthétiques exercent des influences inconscientes sur notre façon de penser et, finalement, sur notre bien-être." L’auteur, qui a souvent été accueilli chaleureusement (pas toujours) par ces bâtisseurs de l’impossible – entrepreneurs et occupants des lieux qui s’improvisent rénovateurs, pour le meilleur et souvent le pire, aussi doués, parfois, que Numérobis, l’architecte d’Astérix –, jette pourtant un regard bienveillant sur leurs talents douteux: "Tous ces fantaisistes sont les vrais René Magritte du pays."

Haciendas espagnolisantes et pavillons chinois, collés tout contre les uns des autres, paraissent rendre la Flandre un peu plus surréaliste que la Wallonie: "Le Sud du pays étant moins construit que le Nord, le choc y est moins violent. En Ardennes, en outre, les matériaux utilisés – bois et pierres naturelles – se fondent mieux dans le paysage", croit Coudenys… qui admet être loin d’avoir exploré toute la Wallonie. D’ailleurs, il serait ravi de recevoir, sur son compte Instagram (@uglybelgianhouses), quelques témoignages des beautés sises au-delà de la frontière linguistique. Aussi, la prochaine fois que vous partirez en balade, ouvrez l’œil: des very very ugly houses, ce n’est franchement pas ce qui manque.

Ugly Belgian Houses ©Kevin Faignaert

«More Ugly Belgian Houses»
Hannes Coudenys
Éditions Borgerhoff en Lamberigts, 208 p., 22,90 euros

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