New York, la ville héroïne

©RV DOC

Deuxième volet de la trilogie que Mikael compte consacrer à Big Apple, Bootblack plonge le lecteur dans la crise de 29, et les années de guerre.

Tout part de cette fameuse photo des ouvriers cassant la croûte assis sur une poutre d’un gratte-ciel en construction. Un cliché qui illustre autant New York la triomphante que la miséreuse et la laborieuse aux yeux de Mikael. La ville nourrit chez lui une véritable fascination. "On retrouve dans cette photo, plein de problématiques qui font encore écho à ce que nous connaissons aujourd’hui: la crise économique, les problèmes de migration notamment", décrit-il. "Au début du XXe, puis dans les années 1920 et 1930, c’est l’idéal du rêve américain, la ville de tous les possibles. Mais c’est aussi celle de la misère et des galères. Ils n’étaient pas rares ceux qui arrivaient à New York à la recherche de la fortune, sans jamais la trouver."

Bootblack tome 1, Mikael.
  • Note : 4/5
  • Dargaud
  • 64 pages
  • 14 euros

Le terreau est fertile. Après le diptyque Giant, Mikael se replonge dans les entrailles de la "ville qui ne dort jamais". Dans les années 1930, la crise économique fait des ravages. Le jeune Altenberg, fils d’immigrés allemands n’était pas encore totalement sorti de l’enfance quand ses parents et le peu qu’ils possédaient disparaissent dans l’incendie de leur immeuble. Altenberg devient Al Chrysler, comme la première voiture qu’il voit passer, bien décidé à s’en sortir et à conquérir le cœur de la belle Maggy.

Mikael s’intéresse davantage à la face cachée du rêve américain, à ceux qui rament sans jamais véritablement s’en sortir. C’était déjà le cas avec Giant, et cet ouvrier constructeur taiseux qui se fait passer pour l’un de ses collègues morts pour entretenir l’espoir de sa femme restée en Europe. "Giant était plus contemplatif. Avec Bootblack, on est plutôt dans l’action, dans la revendication, dans la rage, plus proche des Raisins de la colère", commente Mikael.

Le récit s’articule sur deux époques, les années 1930 et la fin de la guerre. Deux époques charnières qui ouvrent toutes les opportunités pour qui veut sortir de sa condition. Même si le contexte historique est important et bien présent, Mikael ne s’encombre pas à l’expliquer, si ce n’est par quelques allusions subtiles qui suffisent à le poser: la Une d’un journal qui s’envole, une affiche de recrutement sur un mur…

Je ne voulais pas de couleurs vives. L’image que l’on a de cette époque est celle de vieux films en noir et blanc très contrastés.
Mickael

Un personnage à part entière

©RV DOC

Décor omniprésent, New York est évidemment un personnage à part entière de ce récit avec ses rues sales, ses fumées… Mikael rend très bien cette ambiance un peu glauque, par des couleurs passées, jouant sur les camaïeux de gris-vert. Son dessin, précis et réaliste, laisse la part belle à un encrage très présent, très marqué. Ses cadrages accentuent le côté vertigineux de la ville. "On reste dans l’imaginaire et pas dans le réalisme précis", tempère Mikael, qui ne s’attache pas au détail mais suggère les éléments de son récit. "Je ne voulais pas de couleurs vives. L’image que l’on a de cette époque est celle de vieux films en noir et blanc très contrastés. C’est aussi cette ambiance-là que je voulais retrouver", précise-t-il.

Comme pour Giant, le récit de Bootblack s’étendra sur deux tomes. Il faudra donc attendre 2020 pour en découvrir l’issue… Patience.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect