interview

Nick Hornby: "L’alcool est un élément important de la vie en Grande-Bretagne"

L’auteur anglais Nick Hornby se plait à comparer le mariage avec un enfant qui évolue en grandissant. ©Parisa Taghizadeh

Dans son dernier roman à nouveau très tongue-in-cheek, l’écrivain anglais Nick Hornby décrit les dix rencontres d’un couple au bord de la crise de nerf.

Avec "Un mariage en dix actes", Nick Hornby décrit l’état d’un couple chancelant qui se rencontre dans un pub avant chaque séance de thérapie conjugale. Drôle, juste et profond comme toujours, l’auteur y aborde également la question du Brexit. Rencontre avec un écrivain anglais, amateur de football, de musique et qui évoque également dans cet entretien son rôle de scénariste… et celui de l’alcool pour les Britanniques.

Ce livre serait-il comparable à un match de foot où Tom et Louise personnifieraient deux équipes dont les joueurs sont les arguments et reproches, dans une rencontre dont le résultat final serait un nul: cinq partout?

(Il rit)… On peut l’envisager de la sorte. En tout cas, je suis heureux de savoir qu’il y aurait beaucoup de buts! Et pas un affreux zéro-zéro, ce qui en dirait long sur la qualité du livre.

"Un mariage en dix actes"

♥ ♥ ♥

Nick Hornby

La cosmopolite/Stock, 150 p., 16 €

Auriez-vous un conseil musical pour ce livre?

Une musique à la fois piquante, sarcastique et britannique: sans doute un disque de Pulp. Et si le contexte avait été américain: Steely Dan.

Rédigeant ce roman, pensiez-vous à la série télévisée qu’il allait devenir?

En fait, ce projet a débuté comme un story-board d’une série télévisée. Mon éditeur a ensuite pensé que cela ferait un bon livre. J’ai donc d’abord eu l’idée de concevoir une série de dix épisodes de dix minutes.

Stephen Frears qui l’a réalisée serait-il une version cinématographique de Nick Hornby?

(Il rit) Je lui dirais! J’adore Stephen, et de nombreux aspects de son travail m’inspirent: le fait notamment qu’il ne fait montre d’aucune prétention et ne laisse pas son ego venir parasiter le script ou la réalisation. Il est très peu tapageur: impossible de découvrir l’âme de Stephen Frears au travers de son art du cinéma. Des critiques de cinéma ont essayé de définir sa façon de filmer, sans résultat: Stephen Frears n’imprime pas sa signature sur l’œuvre, mais la sert plutôt et la magnifie. Dans le cas de "State of the union" (NDLA: un bien meilleur titre que le titre français), il a parfaitement réussi, en évitant que ces dialogues ne deviennent ennuyeux. Bien que l’action se déroule dans un même pub où Louise et Tom se donnent rendez-vous chaque semaine avant leur séance de thérapie de couple, Stephen a fait en sorte de filmer les scènes et le lieu différemment: le spectateur n’a pas le sentiment d’une simple répétition et d’une accumulation de séquences.

"Beaucoup d’hommes ressentent la même chose: ce sentiment de ne pas contrôler leur vie comme ils le voudraient."

Bien que ce ne soit le personnage principal, le pub tient un rôle essentiel dans l’histoire…

Il est très naturel pour des Anglais de toute classe et origine de choisir un pub pour se rencontrer. L’alcool est sans doute un élément plus important de la vie en Grande-Bretagne que dans d’autres pays (il rit). Je sais que l’Amérique a aussi un problème d’alcool, c’est un peu universel, mais si vous avez rendez-vous avec quelqu’un aux États-Unis, ce ne sera pas au pub. Et puis les habitants de New York ou Los Angeles ne boivent jamais durant la journée. C’est davantage inscrit dans notre culture.

Vos livres décrivent souvent des personnes dépressives, voire en dépression: les hommes qui y sont décrits sont-ils tous une partie de vous, ou certains le sont-ils plus que d’autres?

Certains me ressemblent plus que d’autres. Mais les sentiments de mélancolie et de désespoir ne me sont pas propres. Beaucoup d’hommes ressentent la même chose: ce sentiment de ne pas contrôler leur vie comme ils le voudraient. Nous ne sommes pas très forts dans ce domaine. La comparaison avec les femmes est intéressante, lesquelles sont beaucoup plus en contrôle. Les hommes sont sans doute nés avec les mêmes avantages, mais ont dû les gaspiller en route (il rit)!

Dans la société dans laquelle nous vivons désormais, n’est-il pas plus compliqué pour un homme de trouver sa place, qui semble désormais moins évidente?

Évidemment, c’était plus clair et moins ambigu auparavant, mais il serait dangereux d’affirmer que c’est plus difficile: nous sommes toujours avantagés en termes de salaires et d’opportunités par exemple. Pour un homme réfléchi, c’est certainement plus compliqué.

Mauvaise idée d’être réfléchi?

(il rit) well… yes.

Vous évoquiez la mélancolie: vos livres seraient-il plus mélancoliques que nostalgiques?

Je ne me sens pas particulièrement nostalgique, tendant plutôt à la mélancolie. Certains personnages de mes livres sont nostalgiques, mais je ne le suis que par moments, et comme tout le monde (rires): je préfèrerais que l’on soit l’an passé à la même époque qu’aujourd’hui, vu tout ce qui se passe…

"J’adore adapter pour le cinéma les livres des autres. Cela me donne l’occasion de pénétrer dans l’esprit d’un autre écrivain."

Cela veut-il dire que vous n’êtes pas nostalgique de la période pré-Brexit, Brexit qui tient un rôle déterminant dans l’histoire de ce couple?

Oui. Nous vivons une époque épouvantable. Nous faisons face à des populistes de droite complètement dingues qui nous gouvernent et opèrent des choix à court terme ridicules. On voyait le Brexit arriver de loin, et je ne voudrais par revenir à l’époque où il était en train d’advenir: les gens en avaient ras le bol. Nous avons besoin d’en finir et de construire autre chose en dehors, mais pas avec les personnes au pouvoir actuellement.

Donc, à vos yeux, le Brexit était inévitable?

C’était un combat constant au sein du parti conservateur: Plus les tories restent au pouvoir, plus cette lutte devient intense: ce qui est le cas depuis dix ans. Chez les travaillistes, la remise en question de la participation au projet européen ne fut jamais une préoccupation essentielle. À droite, cette question était constamment en souffrance…

Ce livre aurait-il pu s’intituler "Cinquante nuances de mariage"?

(il rit) Bien sûr! Le mariage a beaucoup de nuances et de phases également. Aucun mariage ne reste ce qu’il était à l’origine. Lorsque j’écrivais ce script ou ce livre, je comparais le mariage à un enfant qui évolue en grandissant.

"La musique m’est essentielle… au sens où elle fait partie de mon essence."

La musique est-elle le meilleur remède?

Dans mon cas, certainement. J’ai remarqué pendant le confinement que la chose qui me manquait le plus était la musique live, contrairement au football. La musique est restée ancrée en moi avec la même intensité que lorsque j’avais 14 ans et, dans ce domaine, j’ai toujours beaucoup de choses à découvrir. Je fais d’ailleurs partie d’un projet musical. Elle m’est essentielle… au sens où elle fait partie de mon essence (rires). Mais si la musique fait partie des jours d’écriture, je n’en écoute jamais en rédigeant.

À lire vos livres, on constate que vous êtes un fan de chiffres et de listes?

Je trouve amusant de tenter de simplifier des thématiques compliquées en chiffres: cela confère une note humoristique à vouloir lister les choses sérieuses. Évidemment, il s’agit d’une réponse maladroite, adolescente, à la vie et au monde. Mais je peux au moins me le permettre de le faire dans mes livres.

Ce qui vous plait le plus, c’est d’écrire un livre, un scénario, ou de scénariser un de vos livres?

Je n’ai jamais scénarisé un de mes romans. Pour la simple et bonne raison qu’une fois que le livre est publié, j’en ai assez de le voir. Le processus qui consiste à transformer un roman en film dure entre trois ou quatre ans, alors qu’il m’a déjà fallu trois ans pour l’écrire: cela me rendrait dingue! Par contre, j’adore adapter pour le cinéma les livres des autres, comme je l’ai fait dans le cas du film «An Education»; cela me donne l’occasion de pénétrer dans l’esprit d’un autre écrivain. C’est comme si je ne prenais des vacances de mon propre cerveau. En même temps, en adaptant ces livres, je les trouve bien meilleurs que les miens. Un peu comme la femme d’un autre lorsque vous êtes marié! (il rit)

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