Odyssée en enfer

©Delcourt

Fabien Toulmé poursuit le récit de l'épopée d'Hakim, réfugié syrien à la recherche d'un avenir meilleur en Europe. Un voyage au cœur de l'enfer.

L’actualité en est pleine de ces martyrs de l’exode. De ces réfugiés qui tentent le tout pour le tout, risquant leur vie pour trouver un avenir meilleur sous des cieux plus cléments que les leurs. De ceux qui osent franchir les mers sur des embarcations de fortune vendues par des passeurs sans scrupule. On connaît leur nombre. Parfois. Leur identité jamais.

"De la Turquie à la Grèce"

  • Note : 3/5
  • L’Odyssée d’Hakim tome 2
  • Toulmé
  • Delcourt Collection Encrages
  • 258 p.
  • 24,95 euros

Fabien Toulmé leur donne un nom à ces réfugiés, à travers le récit du parcours d’Hakim, un syrien parmi tant d’autres qui a fui son pays au début de la guerre, pour échapper à un régime de plus en plus suspicieux et à une répression d’autant plus vive.

Le premier tome, de Syrie en Turquie en passant par le Liban et la Jordanie, était celui de l’errance. Hakim passe d’un proche à l’autre, squattant chez un pote ou une tante, cherchant où s’établir sans grand espoir.

Le deuxième est celui de la galère. Arrivé en Turquie, marié et bientôt père, Hakim se débrouille comme il peut pour subvenir aux besoins de sa famille et sa belle-famille qui l’accueille. Des mois à vendre des bouteilles d’eau ou des parapluies à la sauvette, à s’échiner sur les chantiers pour des salaires de misère.

Et puis, l’espoir. Sa belle-famille part en France et bénéficie du regroupement familial. Et puis, le désespoir. Pour d’obscures raisons administratives, Hakim reste seul à Istanbul avec son fils de quelques mois à peine, en attendant un hypothétique visa. Qui ne vient pas.

Il se lance alors dans ce parcours terriblement dangereux et hasardeux de la clandestinité, d’un passeur à l’autre, de la benne d’un camion à une embarcation périlleuse.

Passage difficile à raconter

©Delcourt

"C’était certainement le passage le plus difficile à raconter pour Hakim. Durant la traversée, il était dans l’eau, avec quelques-uns de ses compagnons d’infortune pour alléger le bateau avec son fils devant lui…", raconte Fabien Toulmé qui a recueilli pendant des semaines son témoignage avant de le mettre en image. "S’il a accepté de se livrer, c’est pour transmettre son aventure justement. À ses enfants notamment. Mais aussi pour personnifier tous les migrants qui se lancent dans le même périple."

Toulmé s’est astreint à traduire le récit, le plus fidèlement possible, sans artifice ni romance, si ce n’est pour les besoins du rythme. Il en conserve le côté très naturel, distillant des éléments très concrets de la vie quotidienne comme des moments de grande tension dramatique. "En restant très proche du personnage, j’ai essayé de montrer comment son cerveau s’est mis en protection, quasiment en mode survie. Les éléments, pourtant dramatiques, ne semblent pas vraiment avoir de prise sur lui, si ce n’est a posteriori, quand il le raconte."

C’est aussi pour cette raison de proximité des événements que Toulmé se met volontairement en scène pour chapitrer le livre et donner encore plus de réalité au propos d’Hakim.

Sans artifice, disait-on, comme le dessin de Toulmé, tout en simplicité aux limites du réalisme. Mais qui, du coup, laisse toute la place à la dimension dramatique du récit.

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