"On a cherché la paix en Syrie, elle était introuvable"

©Allary Editions

Joude Jassouma était professeur de français à Alep. Fuyant la guerre, il s’est résolu à l’exil. Installé en France depuis un an, il a décidé de prendre la plume pour témoigner de son parcours de "réfugié ordinaire".

Joude est né en 1983 sous le règne d’Hafez el-Assad, dans les quartiers populaires d’Alep Est. Il a dû commencer à travailler à neuf ans pour participer aux dépenses de la famille et s’est battu pour faire des études de français. Il explique qu’il a d’abord été "fasciné par la mélodie" de cette langue, considérée en Syrie comme celle des oiseaux et de l’amour. La littérature (le "Petit Prince", "Germinal", la "Chartreuse de Parme") lui a ensuite fait découvrir la France, sa poésie, sa civilisation.

Mais quand la guerre éclate en 2011, il est obligé d’arrêter ses études et son travail de prof en lycée. Il exclut de se présenter à la conscription obligatoire du dictateur Bachar el-Assad, faisant de lui un déserteur passible de la peine de mort, et refuse la barbarie des djihadistes. "Je suis parti en 2015, j’ai attendu 4 ans, j’aime la Syrie, mais ma maison a été bombardée 4 fois. On a cherché la paix en Syrie, mais elle était introuvable." Une scène terrible a été le déclic. Dans la rue, Joude croise un chien portant dans la gueule une tête humaine décapitée. S’en est trop de l’horreur, il faut partir. Il doit attendre l’accouchement de sa femme Aya, enceinte de 8 mois, mais trois jours après la naissance de sa fille, sans argent, il part seul pour la Turquie.

Quand son épouse et son bébé le rejoignent, ils affrontent la mer Méditerranée sur un canot jusqu’en Grèce. Là, Joude rencontre Laurence De Cambronne, ex-rédactrice en chef du magazine Elle, engagée auprès des réfugiés de Leros. Elle veut garder contact avec Joude et sa famille. Heureusement, les réfugiés aussi ont Facebook et WhatsApp. C’est avec elle que Joude écrira quelques mois plus tard son histoire.

"Il faut reconstruire une vie. On a quelque chose à réaliser en France."
Joude Jassouma
réfugié syrien, auteur de "je viens d’Alep"

Nouvelle vie en France

Une fois à l’abri en Europe, Joude vise d’abord l’Allemagne. Ce pays a déjà accueilli un million de réfugiés, Aya et Joude pourraient s’installer à Stuttgart et continuer leurs études à côté en France. Effrayés par les images de la misère de Calais, ils n’envisagent pas la France.

Pourtant, ils seront relocalisés par l’UE en Bretagne. Mais en arrivant à Martigné-Ferchaud, Joude dit avoir trouvé des gens "accueillants, chaleureux", qui proposent des ateliers de cuisine, des matchs de foot, et "surtout des cours de français, très important pour accélérer l’intégration". Joude retrouve là la France qu’il a découverte dans les livres, et visitée brièvement lors d’un échange à Clermont-Ferrand en 2008.

Aujourd’hui, il considère la France comme "une chance". Lui et sa famille peuvent y reconstruire une vie. Joude vient de terminer son master 1 de linguistique et didactique des langues en français à l’Université Rennes 2. "J’ai un rêve à réaliser, comme tout le monde", il veut devenir professeur d’université. Sa femme aussi, enceinte de son deuxième enfant, reprendra la fac à la rentrée prochaine, en lettres ou sciences de l’éducation.

Grâce à Facebook et WhatsApp, Joude continue d’avoir des nouvelles de sa famille qui ne font que survivre à Alep, malgré l’arrêt des bombardements. Joude est persuadé qu’il y retournera un jour: "On attend le bon moment". Aujourd’hui, c’est impossible, à cause de Bachar el-Assad et des djihadistes. Mais il y retournera pour reconstruire. Il refuse de laisser la Russie, l’Iran ou les Etats-Unis relever son pays, c’est un travail pour les Syriens. En attendant, il compte tout faire pour s’intégrer et recommencer une nouvelle vie en France.

Joude Jassouma, "Je viens d'Alep - Itinéraire d'un réfugié ordinaire", Allary Editions, 220 p. 18,90 euros. ©Allary Editions

S’il a décidé de témoigner, c’est pour corriger un "malentendu entre Syriens et Européens", ils sont réfugiés de guerre, et pas économiques comme il l’entend trop souvent. En racontant sa vie en Syrie, il espère provoquer un rapprochement culturel entre son pays d’origine et celui de son exil.

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