On a lu la BD "Je vais rester" de Trondheim et Chevillard

C’est l’été, Fabienne et Roland arrivent à Palavas pour une semaine de vacances. Il a tout organisé, réservé, payé et noté dans un carnet les moments importants du séjour. Un accident tragique survient alors qu’ils n’ont pas encore déposé leurs bagages à l’appartement... et elle se retrouve seule.

Un avant goût...

Des vacances en tête à tête. Il s’est occupé de tout. Ils font quelques pas sur le front de mer. Il y a un peu de vent. Une bourrasque, une tôle qui s’envole, une main qui se défait, inerte. Et voilà Fabienne veuve avant même d’avoir décidé de vivre avec son compagnon. Perdue parmi les estivants de Palavas-les-Flots, elle décide de rester et de vivre ces vacances par procuration, partagée entre déni de son deuil et désespoir. À moins que ce soit une manière de vivre son deuil justement.

Critique de la rédaction

À partir d’un fait divers improbable, aussi horrible qu’anodin, Lewis Trondheim tisse un récit d’une rare sensibilité, incongru mais juste, étonnant mais vrai. Cette semaine de "vacances", Fabienne la vit en suivant scrupuleusement le planning établi a priori par son compagnon. Et entre les courses de vachettes aux arènes, la foire aux vins, les joutes nautiques ou une soirée fanfare au parc, Fabienne remplit ses journées en observant les gens. Cette population de vacanciers populaires de Palavas, des beaux et des moins beaux, des gros, des jeunes, des familles… tout un microcosme dans un monde à part.

De cette observation naît un récit qui maintient l’attention, alors qu’il n’est fait que de petites choses ténues: le regard d’un enfant, un ballon sur le sable, une partie de volley, un sac en plastic qui vole. Il ne se passe rien mais il se passe plein de choses dans ces pages souvent muettes, bâties sur un gaufrier classique de 6 cases.

"Trondheim donne beaucoup de matière à ces instants. C’est un grand plaisir pour un dessinateur", confie Hubert Chevillard. Ces six cases donnent le rythme de cette histoire plutôt lente. Comme un jeu de cubes dont le lecteur disposerait les faces un peu à sa guise.

On l’a dit, les auteurs sont plutôt avares de paroles. Mais les dialogues entre Fabienne et Paco, hurluberlu local, vendeur de curiosités tibétaines et curiosité lui-même. Il se tisse entre les deux personnages une relation d’autant plus naturelle qu’elle est sans arrière-pensée. En se laissant porter par le rythme des vacances. Et petit à petit, Fabienne reprend pied dans la vraie vie. Elle passe doucement de la sidération totale de l’événement au déni puis à l’acceptation de son deuil. Et surtout que celui dont elle pensait qu’il pouvait être l’homme de sa vie ne l’est définitivement pas dans la mort. Une évolution psychologique que suit Trondheim entre gravité et légèreté.

Chevillard regarde ce petit monde avec beaucoup de bienveillance, dessinant des personnages simples, justes et très attachants. 

→ "Je vais rester" de Trondheim et Chevillard, Rue de Sèvres, 120 p., 18 euros. Note: 4/5.

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