interview

Oscar Lalo: "Le nazisme était un projet racial. Point"

Oscar Lalo. ©©ROUGEMONT/Opale/Leemage

À côté du Prix Filigranes 2020, qui revient à Fabrice Humbert, Marc Filipson, patron de la librairie bruxelloise, récompense Oscar Lalo de son Prix d'honneur pour "La race des orphelins", son récit sur les pouponnières nazies.

Prix d’honneur 2020 (2.500 euros), décerné par Marc Filipson, patron de la librairie Filigranes, Oscar Lalo revient sur son roman, «La race des orphelins», dans lequel Hildegard tente de se réconcilier avec son origine: un «lebensborn», la face cachée du projet racial du nazisme visant à fabriquer la race aryenne par sélection et «déportation» d’enfants considérés comme susceptible d’assurer une lignée «supérieure».

Roman

"La Race des orphelins"

Oscar Lalo, Belfond
288 p., 18 euros

♥ ♥ ♥

Filigranes récompense "un livre de qualité, accessible à tous", on entend presque "accessible, mais de qualité". Quel lien faites-vous entre accessibilité et qualité en littérature?

Je ne m’intéresse pas aux prix et vous m’apprenez de quoi il s’agit ici, mais je trouve que cela me correspond bien. Quand j’écris, j’essaye de faire en sorte de ne pas perdre le lecteur ou la lectrice. Il y a une vertu à être accessible si cela ne devient pas une barrière à la littérature. Lanzmann disait: «Mon rôle est de rendre comestible ce qui ne l’est pas».

Comment avez-vous rencontré ce sujet si peu connu dans la narration de la Deuxième Guerre mondiale?

Il y a en effet un trou historique total. Mais, sinon, je pratique la méditation de manière assidue et, au cours d’une longue retraite que je fais une fois par an, m’est venue la phrase: «Je m’appelle Hildegard…» (l’auteur cite la première page de son livre, NDR). J’ai toujours écrit comme ça. Les choses viennent et je les couche sur le papier.

J’avais aussi en tête l’image d’un bateau rempli de bébé en route vers l’Australie comme les renégats anglais et je me suis souvenu de ce mot – «Lebensborn». J’ai découvert cette réalité en essayant de comprendre. J’ai fini par me lancer face à cette absence de documentation sur le sujet. Je m’en suis emparé en qualité d’avocat, en porte-voix de ceux qui ont du mal à se faire entendre mais qui ont le droit à une justice de réparation.

"La Race des orphelins". Présentation par Oscar Lalo

Hildegard s’étonne que le secret des "lebensborn" a été mieux gardé encore que celui des camps d’extermination. L’une étant l’envers de l’autre. Il semble aussi y avoir un véritable problème au niveau de la recherche historique.

Pourquoi faire disparaître l’intégralité des archives le jour de la mort d’Hitler comme si sa mort dédouanait le peuple allemand de son obédience absolue? Aujourd’hui, on trouve des livres avec des centaines de pages sur Himmler mais cinq lignes au maximum sur son grand projet: les «lebensborn». Pourquoi? Je pense qu’il y a plusieurs pistes.

C’était un lieu de sélection permanente, euthanasie incluse, avec en vue la création d’une race, tout comme, de l’autre côté, il y avait le projet d’en détruire une. Le nazisme était un projet racial. Point. On parle aussi d’enfants volés et germanisés, presque déportés en Allemagne qui, s’ils ne passaient pas la sélection, étaient envoyés dans des camps. Et les enfants, c’est encore un autre département de la conscience. Hildegard a été une nazie avant d’être un bébé. En faire un sujet historique aurait donné droit à des réparations.

«C’était un lieu de sélection permanente, euthanasie incluse, avec en vue la création d’une race, tout comme, de l’autre côté, il y avait le projet d’en détruire une.»
Oscar Lalo
Auteur

Avec toute la densité d’informations que vous avez emmagasinée, pourquoi vous êtes-vous concentré sur une écriture introspective plutôt que d’opter pour un livre historique ou un roman plus narratif?

Je ne suis pas historien, donc, je n’écrirai jamais de livre d’histoire. Mais c’est grâce à cette épure littéraire que l’on parvient à s’intéresser à cette question et, je l’espère, à planter des graines pour qu’un historien s’en empare. Il y a un devoir de réparation. Ne pas mettre un mot de trop, cela permet, pour en revenir à Lanzmann, de rendre toute cela «comestible». De ne pas balancer au lecteur un trop-plein d’informations après lui avoir parlé d’euthanasie de nourrisson

Il y a une forme sous-jacente qui porte le texte. Si vous voulez dire quelque chose, la forme est absolument primordiale quant au contenu. Et c’est aussi pour ça que je suis écrivain et pas historien.

Le Prix Filigranes dans L'Echo

À la veille du Prix Filigranes 2020, L’Echo, partenaire de l’événement, vous propose chaque jour la critique de l’un des 7 livres en lice. 

  1. Jeudi 10/9: "Sexy Summer", de Mathilde Alet
  2. Vendredi 11/9: "Mémoire de soie", d'Adrien Borne
  3. Samedi 12/9: "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles
  4. Mardi 15/9: "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court
  5. Mercredi 16/9: "Le Monde n’existe pas", de Fabrice Humbert
  6. Jeudi 17/9: "La Race des orphelins", d’Oscar Lalo
  7. Vendredi 18/9: "Le Métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen
  8. Samedi 19/9: Interview du Prix Filigranes 2020

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