Peur et Prudence nous changeront-elles, s'interroge le romancier Paolo Giordano

Paolo Giordano.

Apprendrons-nous quelque chose de cette période? Le romancier Paolo Giordano l’espère dans "Contagions".

Essai

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«Contagions». Paolo Giordano

Traduit de l’italien par Natalie Bauer. Éd. du Seuil, 64p., 9,50 euros.

L’auteur reversera une partie de ses droits d’auteur aux services de soins de santé et à la recherche.

Paolo Giordano n’a pas profité de cette réclusion pour sonder ses états d’âme, il s’est penché sur ce qui nous tombait dessus. Formé à la physique théorique, l’auteur de "La Solitude des Nombres Premiers" a montré à travers ses romans combien était fascinantes, et inquiétantes parfois, les conséquences inattendues des rencontres fortuites. Celle entre un virus et un corps humain ne pouvait que l’interpeller.

Écrit début mars, alors que nous ne savions pas encore l’ampleur qu’allait prendre ce que d’aucuns persistaient à appeler une mauvaise grippe, Paolo Giordano y a vu d’emblée un avertissement à notre civilisation. Le romain qu’il est à dû se souvenir de la fragilité des empires et saisir cette occasion pour réfléchir à nos actes. Le ton est alarmé, engagé, sensible, il analyse les faits et s’efforce de poser les bases d’une contagion d’effets positifs ceux-là, pour notre sauvegarde et celle de la planète.
Ce virus est complexe, faisons en sorte de ne pas céder au simplisme, "dans l’incertitude nous adoptons des comportements encore pires", de défiance envers les institutions, les médias, nos concitoyens d’origine asiatique...

Paolo Giordano, drame à l'italienne

Impérieuse normalité

Paru d’abord en e-book en attendant la réouverture des librairies, cet essai mérite d’être relaté par sa fin, puisque nous connaissons désormais la genèse de ce Covid-19 délogé d’un intestin d’animal sauvage par la faute de notre espèce "la plus envahissante d’un fragile et superbe écosystème". Paolo Giordano s’étonne que "soudain la normalité est ce que nous avons de plus sacré, nous ne lui avons jamais accordé autant d’importance. (…) Elle est ce que nous exigeons qu’on nous rende."

«Soudain la normalité est ce que nous avons de plus sacré, nous ne lui avons jamais accordé autant d’importance. Elle est ce que nous exigeons qu’on nous rende.»
Paolo Giordano Auteur

Mais pour en faire quoi? Recommencer comme avant? Consommer à tous crins, reprendre l’avion pour des city-trips funestes pour le réchauffement climatique? Allons-nous entendre les sirènes d’alarme déclenchés par la nature "qui à l’arrogance de prendre des décisions à notre place"? Ce virus a la capacité de muter et de s’adapter rapidement, "prenons-en de la graine", écrit celui qui invite à ralentir, à envisager une autre forme de mondialisation que la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, la surconsommation et des habitudes alimentaires délétères pour l’environnement?

Paolo Giordano.

Réussir à changer

"Dans les années 80, (…) des hectolitres de laque était pulvérisées chaque jour dans l’air" et sur les coiffures à la mode, jusqu’à ce que les scientifiques pointent du doigt, au-dessus de nos têtes, le trou dans l’ozonosphère, causé par les chlorofluorocarbures. Tout le monde a changé de coupe capillaire, comprenant que "si nous n’agissions pas, le soleil risquait de nous rôtir".

Nous ne sommes donc pas tout à fait réfractaires au changement. Ce qui est bon signe pour l’écrivain italien qui pointe d’autres menaces virales autrement plus liberticides: le risque de la faillite de l’Union européenne par manque de cohésion.

Forçant son angoisse et son hypocondrie, Paolo Giordano s’engage lui, à ne pas oublier ce que cette période nous aura appris: notre vulnérabilité, les disparités criantes entre les citoyens mais aussi notre solidarité, notre discipline lorsqu’il s’agit de préserver les plus fragiles, au risque de souffrir d’isolement, de perdre nos emplois et notre mode d’existence. "L’épidémie nous encourage donc à nous considérer comme les membres d’une collectivité. C’est une des choses que j’aimerais ne pas oublier, y compris quand tout sera terminé."

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