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Physiologie des lunettes noires

LECTURE. Consacrer un ouvrage à l’usage de cet accessoire, voilà une démarche pour le moins originale. Et amusante. On prend plaisir à lire cet essai qui ne se prend pas au sérieux et consacré à l’usage des lunettes noires.

Les lunettes noires. Un sujet de livre qui peut sembler superficiel. Sans doute, mais comment passer sous silence cet objet indispensable au dandy du XXIe siècle.  L’auteur, qui aime emprunter les chemins de traverse s’est amusé à retracer le pourquoi et le comment de cette mode loin d’être éphémère et qui touche une large gamme d’individus. A bien y réfléchir, les lunettes noires représentent sans doute le seul point commun qui peut exister entre des êtres radicalement opposés. Que peut-il, en effet, exister d’analogue entre Pinochet et Audrey Hepburn ? Rien à part ce goût pour les lunettes sombres. Un accessoire qui relève de la séduction, du jeu amoureux ou mystérieux. Attention précise l’auteur, il ne faut pas confondre les lunettes noires et ces lunettes de ski au goût douteux.

Au fil des pages de ce petit livre, l’auteur explique tout ce qui fait des lunettes noires " l’accessoire décisif d’une époque qu’il faut filtrer si on veut lui survivre. "

Pour la petite histoire, les premiers à avoir porté des lunettes noires furent des juges chinois. En fait, des morceaux de quartz poli pour que les accusés ne puissent deviner les sentiments des juges. Un moyen de se camoufler les yeux utilisé aussi par le dandy de la Révolution française, Robespierre, qui cachait un tic de l’œil gauche sous des lunettes vertes. En parallèle avec des éléments autobiographiques ou historiques, l’auteur montre toute l’étendue de l’usage de ces lunettes. Dans la réalité comme le monde de la fiction.

Le seul élément qui peut troubler quelque peu le plaisir du lecteur concerne le militantisme communiste affiché par l'auteur. Un sujet qui a très peu de rapport avec le sujet du livre et qui, pourtant, est souligné à plusieurs reprises. Un communisme ringard qui frôle parfois le ridicule au point de faire sourire le lecteur qui ne le partage pas. A l’instar de ce trait d’humour lancé à l’égard du modernisme ambiant : " quand je vois des iPhones, je regrette les T54. " (des chars russes, ndlr).

Ceci dit, on ne s’ennuie pas à la lecture de cet essai plus ou moins autobiographique. Et on ne peut qu’approuver Jérôme Leroy quand il souligne que " tout devient formidablement apaisant à l’abri de verres fumés. "

 

Philippe Degouy

philippe.degouy@lecho.be

 

Physiologie des lunettes noires. Par Jérôme Leroy. Editions Mille et Une nuits. 12 euros. 161 pages.

 

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