interview

Poelvoorde: "Tout ce qui tient de la vie est tragique"

Le fou littéraire aime que la langue sonne comme la musique et qu'on la lui lise pour s'y abîmer. ©Belgaimage

Même s’il ne lira pas lui-même, Benoît Poelvoorde enclenche ce vendredi la petite musique des mots à l’Intime festival de Namur.

Ce week-end se déroule la cinquième édition de l’Intime festival, conçu à Namur par Benoît Poelvoorde. Un festival de lecture d’œuvres notamment de Camus, Ian McEwan, Martin Winckler, John Fante, entre autres, et lus notamment par Jean-François Balmer, Mélanie Doutey ou Marianne Denicourt. Un événement qui compte aussi de la musique, de la BD, du cinéma de la photographie, voire des expos d’arts plastiques. Rencontre avec son initiateur, en toute… intimité.

Êtes-vous grand "lecteur-auditeur" de livres lus comme le proposent les éditions Frémeaux par exemple?

Absolument, d’autant que je ne regarde pas la télé. Et c’est d’ailleurs de la sorte que cela a commencé. Au départ, je suis un immense amateur de livres lus et d’émissions comme "Parlez-moi d’amour" sur La Première ou "Sur les docks" de France Culture…

Mais vous ne lirez pas vous-même…

Intime festival

Du 25 au 27 août, Théâtre de Namur. 081 226 026 – www.intimefestival.be.

Non, j’ai tenté l’expérience lors de la première édition, et ce fut difficile pour moi et pour tout le monde, y compris le spectateur. Il s’agissait d’un texte que Laurent Gaudé avait spécialement rédigé pour le festival: je communiquais mon stress aux autres organisateurs et, honnêtement, autant je peux jouer au cinéma, autant ce genre d’exercice se révèle très délicat pour moi. Raison pour laquelle je suis admiratif de ceux qui possèdent le talent pour le faire. La lecture est similaire à la musique. On entend très bien si une phrase est bien tournée. Je suis donc le premier… auditeur.

L’interprète est important comme en musique classique. Peut-on comparer les lectures de L’intime festival à de la musique de chambre?

Benoît pour les intimes - Intime Festival, 5e Édition - 2017

Tout à fait. Quand la phrase est bien écrite et dite, l’on entend où est la virgule. Je peux écouter l’interprétation comme s’il s’agit d’un concert, raison pour laquelle j’écoute autant de livres lus. J’ai même écouté Guillaume Gallienne lire la correspondance de Proust avec sa mère en 5 CD! J’ai aussi prêté l’oreille aux entretiens de Jean-Paul Sartre, certaines choses entendues me faisaient d’ailleurs pleurer de rire! Si vous roulez 800 bornes en voiture, vous choisissez "Les liaisons dangereuses" et ses 7 CD. Je me souviens avoir écouté de la sorte la version avec Karine Viard que je croise ensuite: je lui ai avoué avoir passé sept heures en voiture avec elle!

Les lectures du festival sont-elles circonscrites à la littérature?

Non, cela peut-être un peu de tout. Nous avions d’ailleurs pensé à inviter Onfray pour un livre qu’il a écrit sur le voyage qu’il a entrepris avec son père en Arctique, intitulé "Esthétique du Pôle Nord": une œuvre qui s’inscrit complètement dans un festival de l’intime… On finira par y parvenir.

Il l'a dit
  • "Aucun des comédiens n’est jusqu’ici reparti en disant c’est quoi ce truc de Charlot!"
  • "Ne pas faire de concessions au risque même de n’avoir que quatre pelés et deux tondus… Car ces six-là auraient compris le principe du festival."
  • "Nous avons pris garde à éviter que ce festival soit un peu le festival de la pipe gaumaise, de l’écrivain poète gaumais fumant la pipe."

"Intime" festival au sens où vous ne cherchez pas à attirer la grande foule…

Non, mais nous ne nous attendions pas lors de la première édition à faire des salles combles de 800 personnes alors que nous en espérions 200. Ceci sans faire de concessions au niveau de la programmation, au risque même de n’avoir que quatre pelés et deux tondus… Car ces six-là auraient compris le principe du festival.

Les nouvelles conviennent bien à ce genre de festival…

Je suis d’accord. Raison pour laquelle on a fait venir Bruce Machart, ce que j’ai lu de mieux en matière de nouvelle. La nouvelle est plus facile à lire, car la faculté de concentration d’un spectateur est de quarante minutes. Mais lorsque Edouard Baer a lu "Un pedigree" de Modiano, bien que le spectacle durât une heure quarante, je n’ai entendu personne tousser.

Le côté dépressif que l’on reproche parfois au festival a-t-il un rapport avec le fait que vous l’êtes parfois?

Non, mais il y a une forme de tragédie derrière tout ce que l’on entreprend: même Vincent Sardon présent au festival avec son humour dévastateur révèle une forme d’intime lié à l’absurdité de la vie. Dès lors que l’on s’investit dans un système de création, c’est forcément un peu dépressif. Je lui préfère en fait le mot tragique. Tout ce qui tient à la vie est tragique, mais il est fondamental de vivre avec justement.

Les temps forts

À L’intime festival, les livres font l’objet de conférences, celle de Davet et Lhomme, auteurs du sulfureux "Un Président ne devrait pas dire cela…", confrontés à Mathieu Sapin, auteur des BD "Campagne présidentielle" et "Le château", toujours dans le sillage du président Hollande (par ailleurs, le dessinateur évoquera son travail pour "Gérard", plongée dans l’intimité de Depardieu). Toute la question de la frontière entre la sphère publique et intime chez les politiques, de leur mise en scène.

À cette "lecture", s’en ajouteront bien d’autres: en solo, dans le cas de Jean-Quentin Châtelain, qui lira "L’étranger" de Camus, ou de Jean-François Balmer ("Mon chien stupide" de John Fante); ou en duo, s’agissant de Martin Winckler et Mélanie Doutey ("Le cœur des femmes" signé par le premier cité), et de Marianne Denicourt et Dirk Roofthooft qui donneront vie à la superbe écriture de Ian McEwan ("Sur la plage de Chesil"). Quant à l’imprévisible Philippe Katerine, version musicale de Poelvoorde, il proposera une conférence musicale à partir de ses deux livres graphiques sur la vie et la mort.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés