Politicien et éditeur, une double vie

Richard Miller, le député fédéral MR, est devenu un "petit indépendant wallon" actif dans le monde de l’édition.

Une amorce de reconversion pour un homme amoureux de littérature? Richard Miller coiffe désormais deux casquettes. Celle de l’homme politique tout d’abord. Et puis, celle de patron d’entreprise, puisqu’il a fondé, avec Jean Meurice, la petite maison d’édition CEP à Charleroi.

"En fait, j’ai toujours mené une double carrière ou plutôt un double chemin. À côté du parcours politique, je n’ai jamais délaissé l’art, la culture, la littérature… Je suis ce qu’on peut appeler un intello engagé."
Richard Miller

"Plutôt que de laisser de l’argent sur un compte qui ne rapporte guère, on a mis de l’argent dans le circuit économique. On paie des droits d’auteurs, on paie un imprimeur, un distributeur…", confie celui qui est député fédéral et administrateur délégué du centre d’études du Mouvement réformateur (MR), le centre Jean Gol. "Oui, vous pouvez l’écrire, je suis un petit indépendant wallon qui doit parfois lutter contre la paperasserie administrative", ajoute-t-il dans un rire franc.

À 60 ans, Richard Miller est devenu un "jeune" entrepreneur. Non sans un certain courage. Car les jours sont loin d’être toujours roses pour les éditeurs, surtout dans l’étroit paysage belge francophone. Mais pas de quoi décourager l’ancien président du Parlement wallon. "C’est un peu le hasard qui a joué dans cette aventure. J’ai retrouvé un ami d’enfance, Jean Meurice, avec qui j’avais suivi les cours à l’Athénée de Charleroi. Plus jeunes, on avait déjà créé un ciné-club; l’amour du cinéma belge nous avait réunis. Et c’est avant tout pour le plaisir que nous avons créé cette SPRL active dans l’édition."

Mise en jambes

C’est sur le tas que les deux amis carolos ont appris le métier. Et quoi de mieux pour se faire la main que d’écrire soi-même un livre? Cinéphile et chroniqueur, Jean Meurice a publié le carnet de tournage de "Marbie Star de Couillu-les-2-Eglises", film financé par le "crowdfunding" et réalisé par Dominique Smeets. Pour sa part, l’ancien ministre de la Culture de la Communauté française a rédigé "La culture et le peuple d’Europe", où il livre une critique du "culturellement correct".

Après cette petite mise en jambes, la société a rapidement trouvé son rythme de croisière. À ce jour, après un peu plus d’un an d’activité, elle présente un catalogue d’une quinzaine de livres. Dont un récent livre de dialogues entre Didier Reynders et Jacques Bredael sur les relations entre l’Europe et la Russie. Il est publié dans le cadre d’une collection "11 questions + 1", où les 11 premières questions (il s’agit plutôt de thèmes) sont posées par Jacques Bredael et la dernière est laissée au choix de l’interlocuteur. "Le principe de cette collection est d’avoir l’interview d’un spécialiste sur un sujet bien précis". La diffusion visée pour chaque livre est de 1.000 à 1.200 exemplaires. "L’argent qui rentre est réinvesti dans les livres suivants." Au sein de la maison d’édition, Meurice et Miller se sont soigneusement réparti les tâches. Le premier a une formation de juriste et de notaire. Il a remis son étude notariale et se charge de toute la partie administrative, Miller se concentrant sur le contenu et les auteurs.

Richard Miller aurait-il donc déjà entamé sa reconversion? "En fait, j’ai toujours mené une double carrière ou plutôt un double chemin. À côté du parcours politique, je n’ai jamais délaissé l’art, la culture, la littérature… Je suis ce qu’on peut appeler un intello engagé."

La France et... la Flandre

La société a noué divers contacts afin de distribuer ses ouvrages en France. Un livre de Nadia Geerts sur la laïcité "à la belge" s’est déjà bien vendu dans l’Hexagone, via Amazon. Mais le rêve caressé par Richard Miller est également de pouvoir pousser les portes de la Flandre et de publier en néerlandais. "En Flandre, le nombre d’éditeurs a baissé. Il y a peut-être une place à prendre", dit-il avec enthousiasme.

Avec sa quinzaine d’ouvrages et de nouveaux titres annoncés pour cette rentrée, la petite maison basée à Marcinelle dispose, en tout cas, d’un catalogue susceptible de donner confiance à des auteurs potentiels. Elle couvre des domaines très différents, qui vont du roman au livre d’art. "Dans ce domaine, on essaie d’être présent dans les galeries et dans les librairies de musée. D’ici la fin de l’année, on va aussi publier les archives du cinéaste belge André Delvaux."

Mais au fait pourquoi CEP? "Il s’agit de l’acronyme de Créations-Europe-Perspectives." Étonnant qu’avec un tel nom, la société n’ait pas encore publié d’ouvrages sur le vin. Mais cela ne saurait tarder…

Reste la casquette libérale de Richard Miller. A-t-elle un impact sur les choix éditoriaux de CEP? "Je mentirais en affirmant que ce n’est pas le cas. Mais je suis ouvert à des ouvrages d’hommes politiques d’autres partis." Allô Paul Magnette?

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