Poussin rentre de vacances

©Dupuis

En 12 ans, Théodore Poussin a mûri et son caractère s’est affiné. Techniquement, son trait s’est fait plus aérien. Frank Le Gall réveille son personnage fétiche.

"Le dernier voyage de l’Amok - Les aventures de Théodore Poussin, tome 13" 
Frank Le Gall
Edition Dupuis
64 pages
14,5 euros
Note : 4/5

12 ans que Théodore Poussin, marin aventurier malgré lui, croupissait dans quelque bar des îles de la mer de Chine. 12 ans que Frank Le Gall, attiré par d’autres muses, avait laissé son personnage fétiche "en sommeil". "Théodore ne s’est pas arrêté pendant ces 12 ans. Il vivait. Ma démarche artistique ne s’est jamais interrompue et tout ce que j’ai fait depuis le dernier album n’a cessé de l’alimenter", assure Le Gall.

Il aura cependant fallu quelques déclics pour que Le Gall ranime son double de papier. Une proposition d’exposition d’œuvres originales autour de Poussin à la Galerie Huberty Breyne notamment. "Je n’étais pas content du tome précédent. Certaines séquences étaient mal montées, ma direction d’acteurs n’était pas assez précise… Ma frustration était d’autant plus grande que le scénario était très personnel, ‘tripal’… ", reconnaît Le Gall. S’ensuivit une sorte de passage à vide ou de prise de recul. La réalisation d’un spin off de Spirou lui a permis de se reconstruire.

Durant ces longues vacances, Théodore Poussin a encore mûri et son caractère s’est affiné plus encore que tout au long de la série. Poussin avait tout perdu, fors ses compères Novembre et Martin. Il est loin le jeune homme un peu falot qui embarquait, tremblant, comme commissaire sur un navire marchand. On retrouve ici un homme déterminé, revanchard et combatif, mais pas au point de devenir un assassin lorsqu’il se retrouve devant son meilleur ennemi, le capitaine Crab.

©Dupuis

Progressivement, les personnages de Le Gall se sont enrichis et ont gagné en épaisseur sans avoir rien de manichéen. Ni Poussin, ni Novembre, son âme damnée, ne sont tout blanc ou tout noir… et c’est justement ce qui rend la série aussi attachante.

Techniquement, son trait s’est fait plus aérien, son encrage plus léger, plus riche aussi. "Je crois que je commence à savoir dessiner, ose Le Gall. Peu importe le nombre de traits que l’on fait, l’important est d’être lisible. Regardez Giraud/Moebius, deux styles très différents, mais la même fluidité. Les traits doivent être justes pour exprimer ce que l’on veut."

Et ce qu’il veut, Frank Le Gall ne le sait pas toujours. Complexe et multiple, l’auteur est passé de la bande dessinée (ne lui parlez pas de BD) à la peinture et à la littérature. "Les éditeurs étaient unanimes sur la qualité de ma prose… Mais je n’ai contacté que les grands! Quelle qu’en soit la forme, mon métier est de m’améliorer et de comprendre ce que je fais." Et de citer entre autres Picasso, qui avouait n’avoir jamais rien compris à la couleur… Et sans promettre un nouvel album à court terme, Frank Le Gall est sûr d’une chose, il n’est pas prêt d’inscrire le mot fin aux aventures de Poussin. Et c’est tant mieux.

Les planches originales de Théodore Poussin sont exposées à la Galerie Huberty & Breyne, au Sablon, jusqu’au 29 avril.

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