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Premier pilote de jet

LECTURE. Voici l’histoire, largement méconnue, du premier vol d’un avion à réaction. Le récit du pilote d’essai complété par une documentation rassemblée par son fils. Passionnante lecture.

Erich Warsitz. Un nom qui ne vous dira certainement pas grand-chose. Et pourtant, il est lié à l’une des étapes fondamentales de l’histoire de l’aviation. Pilote d’essai allemand, il a effectué les premiers vols sur les prototypes de l’aviation à réaction. Une invention qui aurait pu modifier le cours de la guerre au désavantage des Alliés si les dirigeants nazis n’avaient pas été aussi peu clairvoyants.

A ce titre, Erich Warsitz rapporte une anecdote vécue avec Göring, maréchal du Reich en charge de la Luftwaffe. Lors d’un entretien, Göring demande au pilote d’essai : " dites-moi ce que vous pensez de ces nouveaux machins (les jets à réaction). Je suis convaincu que dans quelques années on verra peu d’avions propulsés par des hélices dans le ciel ! Nous avons là un optimiste ! répond alors Göring, peu enthousiaste par cette future réalité.

 

Le 27 août 1939, le premier vol d’un avion à réaction vient de s’achever avec Erich Warsitz aux commandes d’un He 178. Une nouvelle ère débute mais les autorités allemandes passent à côté de l’événement. Nous sommes en effet à quelques jours du déclenchement de la Seconde guerre mondiale. Quand l’intérêt des nazis se réveillera enfin, les chasseurs à réaction, produits en trop petite quantité, ne pourront pas, fort heureusement, enrayer l’avance alliée.

 

Si Erich Warsitz fut le premier pilote de chasse à réaction, il fut aussi le pilote le mieux payé de l’histoire avec un salaire de 600 000 Reichsmarks. Soit 60 fois celui d’un haut ingénieur. Et ceci sans l’avoir voulu ni sans avoir dû négocier avec celui que l’on surnommait der Dicke, Göring.

 

La fin du conflit mondial n’a pas marqué la fin de l’histoire d’Erich Warsitz. Que du contraire. Prêt à rejoindre les troupes américaines, il est capturé par les Soviétiques et envoyé dans les camps. Libéré bien des années plus tard, il a la chance d’assister à la grande aventure spatiale à laquelle il a participé dans les années 30.

Erich Warsitz est décédé en 1983.

 

Au terme de cette lecture passionnante,  jouons au jeu de l’uchronie. C'est-à-dire imaginer une autre fin à une histoire en modifiant certains paramètres. Imaginons l’essor spatial de l’Europe si… la guerre n’avait pas eu lieu et si l’Allemagne avait poussé davantage ses recherches sur les fusées. Il est probable que c’est l’Allemagne qui disposerait aujourd’hui de la suprématie spatiale. A l’époque, toutes les cartes étaient en effet entre les mains allemandes : des ingénieurs de haut vol, un lieu de lancement idéal à Peenemünde et un chef de projet passionné : Wernher von Braun (le futur père du programme Apollo.). Le destin a choisi un autre chemin.

 

" L’improvisation est la moitié de la vie " (Wernher von Braun)

 

Philippe Degouy

Philippe.degouy@lecho.be

 

Premier pilote de jet. Erich Warsitz, pilote d’essai des Heinkel He-176 et He-178 raconte. Par Lutz Warsitz. Editions Altipresse. 22 euros. 158 pages.

 

 

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