Prix Filigranes 2020 | "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court

Le Prix Filigranes sera attribué le 19 septembre. Chaque jour, L’Echo propose un avant-goût d’un des sept livres concurrents. Suspense, cette fois, même si, avec "À vendre ou à louer", Valentine de le Court fait… un peu long.

Jean-Baptiste est un agent immobilier prétentieux qui, non content de squatter à sa guise les somptueux logements parisiens que sa boîte possède en portefeuille, s’abandonne aussi, sur place, à un vilain petit commerce: incognito, il lui arrive de céder les biens confiés à des gens peu regardants qui y concluent, quelques heures durant, contrats et fiestas pas très nets... Ses entourloupes fonctionnent comme sur des roulettes, jusqu’à ce qu’une conquête d’un soir (Alice, infirmière de son état) découvre, dans la salle de bain d’une de ces demeures, un quasi-cadavre. Retapée à la vitesse de l’éclair, la moribonde – une fille de l’Est captive d’un réseau de mères porteuses illégales – trouve fissa l’envie de s’enfuir. Bon. (C’est clair depuis le début que ces jeunes filles cloîtrées sont des ventres à louer, mais cette réalité n’effleure pas une seule seconde les héros, qui disposent pourtant, en principe, des mêmes infos et neurones que nous. Ils apparaissent donc sacrément idiots, et cela les rend antipathiques dès le départ.) Et démarre une interminable course-poursuite sans queue ni tête, sorte de thriller à trois voix, à l’intrigue non crédible, où se mêlent flics, politiques, journalistes et docteurs corrompus…

L’écriture, qui se veut bien de notre époque, reste très scolaire, et sans surprise.

Vulgaire et misogyne

Très vite, hélas, on ne comprend goutte au récit, au scénario assez mal ficelé. Aux deux tiers du livre, c’est la débandade: de chapitre en chapitre, plus rien ne se tient (comme si ce qu’on avait lu la veille provenait d’un tout autre ouvrage). L’histoire est devenue une mauvaise BD, un polar hyper compliqué, plein d’invraisemblances, de confusions, de contresens, de raccourcis, de clichés détestables, de lieux communs et… d’une vulgarité insupportable. Passons sur la description sans classe d’une fellation. Mais la misogynie banale qui suinte à chaque page est proprement impardonnable sous la plume d’une autrice. Valentine de le Court noie son roman de phrases machistes: "Une femme avec de la répartie, c’est Noël avant l’heure", "Le secret de la jeunesse, pour les femmes mûres, c’est l’obscurité", "Une femme dont la mâchoire pleine de dents la fait ressembler à une jument", "Il ne sera jamais la gonzesse du groupe", "Sa femme était un ventre rendu confortable par trois maternités". Ces propos sont-ils attribués au fat personnage principal? Certes. Mais cela n’excuse pas leur incongruité à une époque où, plus que jamais, la gent féminine lutte tous azimuts pour le respect qu’on lui doit.

Roman

"À vendre ou à louer"

♥ ♥

Valentine de le Court, Éditions Mols,

320 p., 20,90 euros

Quant à l’écriture, qui se veut bien de notre époque, en faisant constamment référence (c’est irritant) à des objets triviaux contemporains (tel ou tel porte une Breitling, mange un Bounty, grignote des fraises Tagada, regarde Netflix), elle reste très scolaire, et sans surprise. Pour couronner le tout, une profusion de fautes de syntaxe et/ou d’orthographe, tout à fait inadmissibles, pique aux yeux: "Il a pris 2 prélèvement d’ovules", "Cette femme, si je ne l’avais pas aidé, sa vie serait foutue", "Son piercing brille sur l’arrête de son nez", "Une crampe dans le poignet sourde jusqu’à son épaule"… Dites, les éditions Mols, vous n’avez ni relecteur ni correcteur? C’est d’autant plus triste que Valentine de le Court, jeune Belge dont c’est déjà le quatrième roman, est sans nul doute une très bonne personne, issue d’un milieu généreux, tourné vers autrui et parfaitement éduqué… Mais tout ça ne suffit pas à donner du ventre, justement, à cette longue histoire tarabiscotée.

Le Prix Filigranes 2020 dans L'Echo

  1. Jeudi 10/9: "Sexy Summer", de Mathilde Alet
  2. Vendredi 11/9: "Mémoire de soie", d'Adrien Borne
  3. Samedi 12/9: "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles
  4. Mardi 15/9: "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court
  5. Mercredi 16/9: "Le monde n’existe pas", de Fabrice Humbert
  6. Jeudi 17/9: "La race des orphelins", d’Oscar Lalo
  7. Vendredi 18/9: "Le Métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen
  8. Samedi 19/9: Interview du Prix Filigranes 2020

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