Prix Filigranes 2020 | "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles

Troisième roman en lice pour le Prix Filigranes 2020, qui sera dévoilé samedi 19/9, "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles, s’enferme dans un exercice épistolaire vite harassant.

Écrivain célèbre en panne d’inspiration, Octave Milton, 44 ans, tente de retrouver sa plume lors d’un séjour à la prestigieuse Villa Médicis, à Rome. Il compte sur la fréquentation des autres pensionnaires pour lui raviver les neurones, y puisant matière à croquis féroces et peinture de mœurs en demi-teintes.

Pour tisser cette trame a priori séduisante, l’auteure, qui a elle-même séjourné à la Villa, a choisi la forme du roman épistolaire. Son héros, écrivain asséché et procrastinateur avéré, échange ainsi une flopée de courriels avec, entre autres, son ex-petite amie. Mais le procédé lasse vite, amorçant chaque message par l’entame numérique – "Octave Milton à Livia Colangeli, 27 octobre 2017", et ainsi de suite! –, ce qui hache le contenu avec un systématisme vite harassant. C’est la règle du jeu, sur laquelle on glisserait volontiers si elle ne ralentissait le propos. Lequel a bien du mal à démarrer.

Roman

«La Demoiselle à cœur ouvert»

♥ ♥

Lise Charles., P.O.L

352 p., 21 euros.

Or si tout roman a le droit de baguenauder au prix de quelques longueurs, le mode épistolaire exige au contraire une éloquence immédiate. Il est à la littérature ce que le ping-pong est au tennis, le premier n’acceptant aucun temps mort, là où le second peut s’offrir des échanges de fond de court. On en est loin, trop de courriels relèvant du pur babil.

Dommage, car Lise Charles a un talent d’écrivaine, affirmé dans quelques portraits gratinés et autant de commentaires acidulés sur l’entre-soi des gens de lettre. Quelques pages très pudiques aussi sur le décès accidentel de Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur de sa maison d’édition (P.O.L.) – histoire vraie, mais digression étrange. 

Car ce livre est bel et bien le récit d’un drame. Il aurait dû nous toucher, nous bouleverser même, s’il n’avait été noyé dans un tel puzzle narratif.

Curieux roman dès lors que cet assemblage dont on ne saisit que trop tardivement le nœud – la publication du journal intime d’une adolescente (inspiré de celui de l’auteure) et les effets destructeurs de la littérature sur une personnalité fragile. Car ce livre est bel et bien le récit d’un drame. Il aurait dû nous toucher, nous bouleverser même, s’il n’avait été noyé dans un tel puzzle narratif, où Lise Charles recycle même l’un de ses propres articles universitaires sur "Le brouillage des voix dans la prose classique".

À moins qu’il ne s’agisse là d’une démonstration d’auto-dérision face à la prétention culturelle dont se gavent nombre d’auteurs, et dont Lise Charles prendrait délibérément, avec ce roman étrange et sardonique, l’exact et salutaire contrepied?  

Lise Charles présente "La Demoiselle à coeur ouvert" pour le Prix Filigranes !

Le Prix Filigranes dans L'Echo

  1. Jeudi 10/9: "Sexy Summer", de Mathilde Alet
  2. Vendredi 11/9: "Mémoire de soie", d'Adrien Borne
  3. Samedi 12/9: "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles
  4. Mardi 15/9: "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court
  5. Mercredi 16/9: "Le monde n’existe pas", de Fabrice Humbert
  6. Jeudi 17/9: "La race des orphelins", d’Oscar Lalo
  7. Vendredi 18/9: "Le Métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen
  8. Samedi 19/9: Interview du Prix Filigranes 2020

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés