Prix Filigranes 2020 | "La Race des orphelins", d'Oscar Lalo

Oscar Lalo ©©ROUGEMONT/Opale/Leemage

Le deuxième roman d’Oscar Lalo traite de la question méconnue des "Lebensborns", les pouponnières nazies, et rend hommage à la mémoire gênante.

Si on connait la grande entreprise de mort orchestrée par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, on connait moins bien son revers de la médaille: une grande entreprise de vie orchestrée avec le même type de violence industrielle. C’est le sujet qu’a décidé de traiter Oscar Lalo dans son dernier livre, "La Race des orphelins" paru chez les éditions Belfond et candidat au Prix Filigranes qui récompense un livre "accessible et de qualité".

Roman

"La Race des orphelins"

Oscar Lalo, Belfond
288 p., 18 euros

♥ ♥ ♥

L’histoire est simple, Hildegard Müller, dame âgée de septante-sept ans, quasi analphabète, engage un homme pour écrire son journal. Le journal d’une vie dite "irracontable", celle d’un produit des Lebensborns, les grandes fabriques natalistes imaginées par Himmler pour fabriquer une race aryenne parfaite, une nation blonde aux yeux bleus et en bonne santé. Et ce à n’importe quel prix: le viol et les accouplements arrangés notamment.

Comme elle le dit elle-même, Hildegard est une sorte de miroir trouble d’Anne Frank. L’une à qui on a donné la mort, l’autre à qui on a donné la vie mais pour la même raison, établir une race supérieure. Le sujet a de quoi étonner et choquer. Tant du point de vue historique, que politique ou qu’existentiel. C’est sur cette dernière facette qu’Oscar Lalo a visiblement décidé de se concentrer en tentant d’imaginer ce que peut ressentir un individu dont le seuil de l’identité n’est autre que le IIIe Reich.

Accouchement difficile

L’écrivain a d’ailleurs décidé de ne pas écrire ce livre sous forme purement narrative mais par bribes, fragments. On comprend l’idée de l’accouchement difficile de paroles qui n’ont jamais été dites, mais on reste sur notre faim quant à l’intensité émotive que ce choix permet. On ne peut pas s’empêcher d’être surpris, voire parfois lassé de la manière répétitive qu’a Hildegard de rendre compte du trouble pourtant profond qui l’habite. C’est bien cela qui est perturbant, le flirt avec l’écriture poétique et philosophique semble nous éloigner de la violence du sujet traité. Et si le vocabulaire est souvent charnel, on est plus saisi d'émotion lorsqu'on se penche sur l’histoire de ces Lebensborns que sur la trajectoire introspective de la protagoniste.

Et justement, quant à la trame historique, il aurait sans doute été intéressant de s’y plonger afin de mieux en comprendre les ressorts. Pour beaucoup de lecteurs et lectrices qui découvrent probablement l’existence de ces pouponnières nazies, la place quasi inexistante qu’elles occupent dans le travail de mémoire et dans l’éducation pose question. Oscar Lalo aurait pu faire de cet oubli un pivot pour une réflexion actuelle.

Le Prix Filigranes dans L'Echo

À la veille du Prix Filigranes 2020, L’Echo, partenaire de l’événement, vous propose chaque jour la critique de l’un des 7 livres en lice. 

  1. Jeudi 10/9: "Sexy Summer", de Mathilde Alet
  2. Vendredi 11/9: "Mémoire de soie", d'Adrien Borne
  3. Samedi 12/9: "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles
  4. Mardi 15/9: "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court
  5. Mercredi 16/9: "Le Monde n’existe pas", de Fabrice Humbert
  6. Jeudi 17/9: "La Race des orphelins", d'Oscar Lalo
  7. Vendredi 18/9: "Le Métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen
  8. Samedi 19/9: Interview du Prix Filigranes et du Prix d'honneur 2020

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés