Prix Filigranes 2020 | "Le métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen

Des militaires israéliens en Cisjordanie. ©AFP

Après "La nostalgie de l'honneur", multiprimée en 2017, le journaliste français Jean-René Van der Plaetsen poursuit ses récits militaires avec ce portrait de Belleface, soldat de légende, rescapé de Treblinka et en poste au Sud-Liban, en 1985.

Avant d'occuper le poste de directeur-délégué de la rédaction du Figaro Magazine, Jean-René Van der Plaetsen a tenu d'autres lignes de front, d'abord au 7e Bataillon de chasseurs alpins, puis à la FINUL, lorsque, jeune Casque bleu français, il sillonnait le Sud-Liban, en 1985. La région, surnommée jusque-là "Fataland", était tenue depuis les années 70 par des groupes palestiniens et n'avait été prise par les Israéliens qu'en 1982, occasionnant la création du Hezbollah, avec le soutien de l'Iran, et précipitant son embrasement.

Roman

"Le Métier de mourir"

♥ ♥ ♥

Jean-René Van der Plaetsen, Grasset
272p., 20,40 euros

C'est de cette expérience fondatrice que ce petit-fils de général tire son nouveau roman, "Le Métier de mourir", portrait romancé d'un certain Belleface dont avait eu vent son grand-père en revenant d'Indochine. Ce soldat d'élite de Tsahal fut de toutes les guerres de l'État hébreu après avoir survécu à l'horreur des camps et servi dans la Légion étrangère. Plutôt que de couler la vie morne d'un colonel en retraite, il rejoint, la soixantaine passée, l'Armée du Liban Sud (ALS), une milice libanaise constituée de chrétiens à la solde d'Israël.

Avec ses dix hommes, Belleface tient un check-point dans "l'enclave", un no man's land qui sépare la frontière entre le Liban et Israël, et qui peut à tout moment subir l'assaut meurtrier de combattants chiites, embusqués derrière un rocher ou au volant d'une voiture piégée... C'est dans ce huis clos étouffant qu'il se rapproche de Favrier, un jeune Français qui a plaqué par idéalisme sa vie de fêtard parisien. Il voit en lui ce fils qu'il n'a pas eu tandis que l'impétrant, fou d'admiration pour ses états de service, tente de percer ses secrets.

Lors des cent premières pages d'un roman qui en compte 272, Jean-René Van der Plaetsen excelle à rendre cette atmosphère pesante de l'attente, la force du destin et le magnétisme irrésistible de cette terre aride qui a vu naître les trois religions monothéistes et vit autrefois briller les villes phéniciennes de Tyr et de Sidon.

Des personnages sans épaisseur

Mais l'auteur ne parvient pas à développer ni nouer tous ces fils qui auraient pu constituer la trame d'un grand roman. On a là, pêle-mêle, le choc des civilisations à venir, la façon dont on survit à l'Holocauste quand toute sa famille et son peuple ont été décimés, la puissance métaphysique d'une terre sur l'imaginaire des hommes, le cas de ces jeunes en quête de sens qui abandonnent le confort du matérialisme occidental pour s'engager dans des conflits armés, la question brûlante de la radicalisation et du fondamentalisme.

Faute de réels développements psychologiques et d'une langue inventive, le récit s'embourbe.

Autant de sujets bien documentés dont aurait pu se saisir le journaliste avant que l'auteur ne les métabolise, mais qui cèdent vite le pas à la relation filiale un peu mièvre entre les deux hommes, qui tourne vite au panégyrique irritant à l'endroit du grand militaire. Faute de réels développements psychologiques et d'une langue inventive, le récit s'embourbe et son issue, que l'on devine très vite, se fait trop longtemps attendre.

Dommage, car il y avait une vraie promesse: que l'avenir du monde se joue bel et bien sur cette fine bande de sable écrasée de soleil.

"Le métier de mourir". Interview de Jean-René Van der Plaetsen

Le Prix Filigranes dans L'Echo

À la veille du Prix Filigranes 2020, L’Echo, partenaire de l’événement, vous propose chaque jour la critique de l’un des 7 livres en lice. 

  1. Jeudi 10/9: "Sexy Summer", de Mathilde Alet
  2. Vendredi 11/9: "Mémoire de soie", d'Adrien Borne
  3. Samedi 12/9: "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles
  4. Mardi 15/9: "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court
  5. Mercredi 16/9: "Le Monde n’existe pas", de Fabrice Humbert
  6. Jeudi 17/9: "La Race des orphelins", d'Oscar Lalo
  7. Vendredi 18/9: "Le Métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen
  8. Samedi 19/9: Interview du Prix Filigranes et du Prix d'honneur 2020

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