Prix Filigranes 2020 | "Le Monde n’existe pas", de Fabrice Humbert

Fabrice Humbert ©AFP

Voguant entre le roman et l’essai, le thriller et l’investigation, le nouveau Fabrice Humbert est aussi bourré de références cinématographiques.

Un jeune journaliste, dans la trentaine qui, d’habitude travaille au desk du New Yorker et n’est pas une star de la rédac, se lance dans sa première investigation. À la faveur d’un fait divers, secouant tous les États-Unis, accusant son ami d’enfance, Ethan Shaw, du viol et du meurtre d’une jeune fille d’origine mexicaine, le journaliste Adam Vollman retourne à Drysden, la petite ville où il a connu Ethan au lycée. Il ne croit pas à la culpabilité de son idole de jeunesse qui peuple encore ses rêves.

Roman

"Le Monde n’existe pas"

Fabrice Humbert, Gallimard,
247 p., 19 euros.

♥ ♥ ♥

L’enquête journalistique se confond quelque peu avec l’enquête policière. La passion de nature homosexuelle du journaliste pour l’homme suspecté du crime ne lui permet pas d’être impartial, bien sûr. On sent la douleur que certains souvenirs pénibles réveillent en lui. C’est un page-turner, certes, mais à certains moments, avouons-le, on saute des pages. Pourtant, "Le Monde n’existe pas" de Fabrice Humbert est aussi crédible qu’une série télé qui comporterait des éléments sulfureux. Avec un rebondissement palpitant dans le dernier quart du roman. Et qu’on ne dévoilera pas.

"Le Monde n’existe pas" de Fabrice Humbert est aussi crédible qu’une série télé qui comporterait des éléments sulfureux.

Culture cinéma

Le roman est narré par le journaliste avec force "je" et "moi" comme si l’auteur était ce personnage. Personnage qui, en l’occurrence, possède aussi ses zones d’ombre. Les flashbacks et digressions abondent ce qui peut parfois être pesant. La culture cinéphilique et littéraire de Fabrice Humbert est grande mais n’enrichit pas forcément l’intrigue du roman. Mais cela conforte sa thèse de départ que "le monde n’existe pas" car, tout est fiction. On pense souvent à "The Truman Show" mais aussi à "The Brokeback Mountain". Et le personnage du présumé coupable, idole de jeunesse du journaliste, est directement comparé au héros incarné par Robert Redford dans "The Way We Were". Un demi-dieu irrésistible.

Mixologie

"Le Monde n’existe pas" apparaît comme un thriller mixé à un essai philosophique et sociologique sur le pouvoir et la construction de la narration, l’industrie du fake et celle des médias, le complotisme… Entre les deux, thriller et essai, l’auteur semble hésiter. Mais il trouvera sûrement matière à un autre roman en partant de ces découvertes-ci. Son style est simple, sans phrases kilométriques, bourrées d’adjectifs et de métaphores obscures. Les envolées poétiques sont rares. Mais c’est parfois pour mieux nous émouvoir et viser juste.

Le Prix Filigranes dans L'Echo

À la veille du Prix Filigranes 2020, L’Echo, partenaire de l’événement, vous propose chaque jour la critique de l’un des 7 livres en lice. 

  1. Jeudi 10/9: "Sexy Summer", de Mathilde Alet
  2. Vendredi 11/9: "Mémoire de soie", d'Adrien Borne
  3. Samedi 12/9: "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles
  4. Mardi 15/9: "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court
  5. Mercredi 16/9: "Le Monde n’existe pas", de Fabrice Humbert
  6. Jeudi 17/9: "La Race des orphelins", d’Oscar Lalo
  7. Vendredi 18/9: "Le Métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen
  8. Samedi 19/9: Interview du Prix Filigranes 2020

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