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Prix Filigranes 2021 | "Bélhazar", de Jérôme Chantreau

Jérôme Chantreau. ©AFP

Dans "Bélhazar", inspiré de faits réels, Jérôme Chantreau cherche, sans aboutir, les causes de la mort d’un jeune homme insaisissable.

C’est un garçon pâle au sourire apaisé, avec une grande mèche de cheveux noirs tombant sur un œil, des bottes en plein été, une gabardine militaire, un air de conspirateur, de contrebandier, de poète maudit. On en croise quelquefois dans le métro, des comme ça. Dandys distants, ils sont de toutes les époques, indéchiffrables, sensibles, sublimes. Sauf que celui-là, avec son flegme exaspérant qui donne à ses potes, pourtant, l’énergie d’être eux-mêmes, repose désormais au cimetière de Plouër-sur-Rance, dans les Côtes d’Armor, en Bretagne. Une bagarre d’ados, un contrôle d’identité qui tourne mal, une balle logée derrière l’oreille. Bavure policière? Ou suicide? Consternation. Car c’est ce gentil rebelle au prénom rare, Bélhazar, qui s’est infligé le coup fatal: que faisait un gamin de 18 ans, le moins agressif du monde, avec une arme chargée au poing?

Chantreau parle merveilleusement de la peur, de la douceur du souvenir des disparus, comme de l’incommensurable rage de leur perte.

L’enquête officielle n’ayant jamais tiré l’affaire au clair, l’auteur, qui fut aussi le professeur du défunt dans la vraie vie, mène sa propre investigation, deux années durant. Auprès de la famille et des condisciples du jeune homme, scrutant les détails de son dernier soir, fouillant sa chambre, ses œuvres d’art et ses bricolages bizarres… En vain.

Jeu de piste funèbre

Jérôme Chantreau, qui s’est déjà penché dans ses deux précédents romans sur la mort de sa mère, puis sur celle d’un très vieil ami, s’embarque ici dans un troisième jeu de piste funèbre, à la fois tendre et triste. Son style agréable et fluide, mais par trop centré sur ses états d’âme, parle merveilleusement de la peur, de la douceur du souvenir des disparus, comme de l’incommensurable rage de leur perte.

Roman

“Bélhazar”

Par Jérôme Chantreau

Édité par Phébus

314p. - 19€

Note de L'Echo:

Mais ressusciter un fait divers aussi complexe, c’est long. Entre la mère de Bélhazar qui lutte férocement pour la vérité, son père qui s’entête à combattre l’oubli, et l’écrivain qui doute, ça patine, comme dans un film qui ne trouverait pas sa chute. On a hâte (et honte, car un enfant décédé reste un sanglot pour l’éternité) d’espérer que s’abrège la lecture de ce deuil impossible.

On referme le livre sur des ombres, convaincu qu’une large part de la lumière, comme en toutes choses, ne sera jamais faite. Des bribes, des suppositions, oui. Mais le fond du fond des mobiles des humains reste un mystère insondable. On se rappelle alors que Bélhazar, être à part et d’une suprême élégance, avait montré aux autres l’émerveillement: c’est très beau, et largement suffisant.

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