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Prix Filigranes 2021 | "Le Premier Exil", de Santiago H. Amigorena

Santiago H. Amigorena. ©©NORMAND/Leextra via Leemage

L’auteur argentin exilé en France depuis son enfance achève son autobiographie par ses jeunes années uruguayennes. Un monologue épuisant.

Il nous avait conquis avec son ouvrage précédent, "Le Ghetto intérieur", l’histoire de son grand-père juif polonais, arrivé en Argentine en 1928. Lequel reçoit dès 1940 des lettres alarmantes de sa mère restée à Varsovie, mère qu’il ne fera jamais venir en Argentine et qui mourra dans le ghetto... Un livre fort, mais hélas une parenthèse. Car le vrai projet littéraire de Santiago Amigorena, commencé il y a plus de 20 ans et déjà décliné en plusieurs volumes, est d’épuiser le cours de sa vie dans une autobiographie remontant le temps.

Autobiographie

"Le Premier Exil"

Par Santiago H. Amigorena

Édité par P.O.L.

336p. - 20€

Note de L'Echo:

But avoué: tarir pour de bon ce "besoin monomaniaque d’écrire chaque jour à l’aube" qui s’empara de cet enfant mutique dès qu’il fut en âge de tenir un crayon. En somme, "tout écrire pour ne plus écrire". "Mes pages", insiste-t-il, "sont destinées (...) à un commun oubli. (...) Écrire pour personne et ne pas être lu serait une véritable réussite".

Pour lui être agréable, on se contentera donc de survoler cet opus, dernière étape d’un parcours qui aborde cette fois sa prime jeunesse. Sa famille a dû fuir l’Argentine pour l’Uruguay, après le coup d’État militaire de 1968. Amigorena a six ans, c’est son "Premier exil", cette tranche de vie uruguayenne qu’il narre ici avant que le régime ne vire lui aussi à la dictature, le poussant à 12 ans avec sa famille à son second exil, en France. Où, pour rappel, il fera carrière comme scénariste dans le cinéma, "la mondanité la plus vaine et la plus futile".  

"Mes pages sont destinées (...) à un commun oubli. (...) Écrire pour personne et ne pas être lu serait une véritable réussite."
Santiago H. Amigorena
Auteur

Séance de bavardage

Soyons de bon compte, il y a des moments de vraie littérature, comme cette description de l’horrible mur en crépi de sa chambre d’enfant où s’accrochent les ombres de ses terreurs nocturnes. Quelques formules, aussi – "l’amour et l’écriture sont-ils autre chose que des blessures qu’on s’inflige pour se souvenir qu’on est encore en vie?". Mais cette interminable séance de bavardage sans structure aligne, dans un insupportable désordre, tant de longueurs et de banalités – y compris politiques et économiques – qu’elles finissent par occulter les lignes importantes.

À moins que ce fils de psychanalystes n’ait érigé le verbe en ultime rempart contre ses propres démons. Comment expliquer sinon cette autodérision avec laquelle, lui, le "jeune têtard graphophile devenu un vieux crapaud graphomane, à vos côtés, à vos frais" alpague plus que de raison le "cher lecteur, cher gastéropode ailé, baveux et agile à la fois". Que d’amertume dans cet épuisant exercice d’onanisme littéraire.

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