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Prix Filigranes | Geneviève Damas reçoit le prix d'honneur pour "Jacky"

©Pablo Garrigos

Avec "Jacky", Prix d’honneur Filigranes, Geneviève Damas fait vibrer l’adolescence et nous ramène avec émotion à notre commune humanité. François Roux, pour sa part, reçoit le Prix Filigranes 2021.

C'est peu dire qu'on se réjouit que ce court roman, paru chez Gallimard ce printemps, remporte le Prix d'honneur Filigranes (2.500 euros)! Geneviève Damas y donne la parole à Ibrahim Bentaieb, adolescent belgo-marocain qui se prend d'amitié pour un jeune Juif des beaux quartiers. Le temps d'une demi année scolaire, ces deux-là vont braver les interdits communautaires et se doter de superpouvoirs. Une fiction nécessaire, sans complaisance ni morale bienpensante, qui s'appuie sur un cadre réel, mis en place depuis quelques années par la romancière: "Dans une école bruxelloise où j'animais des ateliers d'écriture, j'ai rencontré un grand gaillard rentré de Syrie, qui ne disait jamais rien. Ce sont des gens foutus, fracassés, m'a expliqué un avocat spécialisé que j'ai rencontré. C'était au moment des attentats du 22 mars 2016 et je me suis dit qu'il fallait arrêter de mettre l'accent sur les différences pour faire quelque chose ensemble. Alors nous avons créé des ateliers pour rassembler des élèves de trois écoles secondaires de cultures différentes – musulmane, juive et catholique."

Roman

"Jacky"

Par Geneviève Damas

Édité par

Pour relater cette impossible amitié entre Ibrahim et Jacky, l'autrice a employé le truchement d'un TFE adressé à Monsieur Leblanc, le professeur fictif d'Ibrahim: "Cette parole adressée la rend plus urgente, nécessaire, et permet de laisser place à l'implicite de leur relation. On ne dit pas tout à son professeur…" Des professeurs qui parfois, à eux seuls, font des miracles et mènent de nombreux élèves à la lecture: "Je vais le plus souvent dans des écoles à discrimination positive, où les profs sont incroyables! Beaucoup font une énorme différence, alors que leur métier est peu valorisé, harassant et contraignant. J'en ai même vu sauver des élèves de situations impossibles. Une série comme Lupin, avec Omar Sy, mène aussi les jeunes à la lecture!"

Écrire contre le repli sur soi

Attentive au grave danger qu'il y a de réduire nos identités multiples à des cases, Geneviève Damas rappelle que la littérature sert précisément à se mettre à la place de l'autre pour ressentir en chacun de nous ce qui transcende les singularités et les communautarismes de tous bords: "Si l'on éprouve de manière forte dans la littérature le fait de partager des points communs avec un personnage différent de soi, on peut le transposer à la vraie vie et penser alors que telle ou telle personne, qui n'a a priori rien à voir avec soi, partage peut-être une vision ou une passion communes. Nous avons besoin d'appartenir à une communauté d'hommes et de femmes, de pouvoir défendre des gens pour ce qu'ils disent, sont ou font, et pas uniquement parce qu'ils sont comme nous."

"Dans les dictatures, les premiers qu'on chasse sont les auteurs de romans, car la fiction est dangereuse."

À ses yeux, c'est le grand combat des écrivains d'aujourd'hui: "Si on nous oblige à nous cantonner au réel, à ce qu'on a vécu, à terme, c'est nous interdire la fiction, donc l'imaginaire. Or si l'on peut rêver ou se projeter dans quelque chose qui n'existe pas, on peut changer le monde. Quand on découvre un précipice, on recule son pied. Pour moi, le roman est un accélérateur d'expérience, il peut transformer notre façon de voir, donc d'agir." Habitée par ce pouvoir de l'imaginaire, l'autrice rappelle aussi le sort qu'on réserve aux romanciers dans les pays où exercer sa liberté de parole n'est pas autorisé: "Dans les dictatures, les premiers qu'on chasse sont les auteurs de romans, car la fiction est dangereuse – d'ailleurs, une fatwa existe contre Salman Rushdie, pas contre les politologues ou les essayistes qui ont dénoncé le régime de Khomeini."

EXPO / Maintenir le lien

De janvier 2020 à juin 2021, Geneviève Damas, autrice associée au Théâtre Les Tanneurs, a mené des ateliers d'écriture à la Résidence Sainte-Gertrude, maison de retraite située dans le quartier des Marolles. Fruit de ces longs mois d'écoute, d'échanges et de retranscription, l'exposition "Maintenir le lien" vient d'ouvrir dans le foyer du théâtre pour donner à voir le fruit de ce long travail participatif.

Interview de Geneviève Damas à propos de "Jacky"

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