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Prix Filigranes | Jean-Claude Grumberg, magnifiquement chaplinesque

L'auteur Jean-Claude Grumberg. ©Luc Dechamps

Prix d’honneur de Marc Filipson en 2019 pour "La plus précieuse des marchandises", Jean-Claude Grumberg est à nouveau récompensé par le patron de la librairie Filigranes qui l'accueille les 20 et 21 septembre dans le cadre du Prix Filigranes 2021.

«En fait, je n’ai jamais su vraiment me comporter devant le malheur absolu. Faut-il pleurer, s’arracher la tête et la piétiner ou rire à en crever?» Cela, Jean-Claude Grumberg, vieil enfant né en 39, éternel orphelin d'un père mort en déportation, l'écrivait dans «Pleurnichard». Du père, il n'avait aucun souvenir, alors il brodait, lui, qui plus tard se ferait mettre à la porte de dix-huit ateliers de tailleurs. Comment croire qu'il avait deux mains gauche quand il excelle à assembler les pièces de sa vie avec Jacqueline, épouse adorée, décédée en 2019?

Il ne lui dresse pas un monument aux morts, mais la fait rire de son malheur, lui parle dans le noir pour avoir moins peur, ressuscite la complicité qui unissait «le petit tailleur pauvre et moche qui épousa la princesse aux mille prétendants». Avec «La plus précieuse des marchandises», best-seller inattendu (et mérité), il ramenait d'une plume tendre, l'abomination de l'extermination du côté du merveilleux et de l'amour, donnant presque raison à cette dame qui lui enviait son passé, si nourricier pour un écrivain! L'indélicate aurait pu ajouter, et maintenant la mort de votre femme, décidément vous êtes verni!

«le pain de deuil se mange seul et se mâche longtemps tant il est dur à avaler.»
Jean-Claude Grumberg
Dans "Jacqueline Jacqueline"

N’attendez-pas la douleur pudique du veuf inconsolable qui enjolive et embaume sa défunte. Jean-Claude Grumberg ne mange pas de ce pain-là, «le pain de deuil se mange seul et se mâche longtemps tant il est dur à avaler». Pourtant ces pages boudent la mort, l'engueule, et il soulèverait bien la robe de la Camarde si ce n'était la nuisette en pilou de Jacqueline, sa belle octogénaire qu'il rêve de soulever encore et encore, avec ce désir de monter en chaire qui ne les a jamais quittés.

Roman

"Jacqueline Jacqueline"

Par Antoine Wauters

Édité par Seuil (La librairie du XXIe siècle)

352p. - 20€

Note de L'Echo:

©Fred

Bouleversant de sincérité, tour à tour et tout à la fois espiègle et déchirant, ce chagrin déborde d'amour de la vie, des films, des voyages, des beautés découvertes ensemble, par ses yeux à elle, par ses mots à lui. «Tu es encore là chérie, tu m'entends, tu m'écoutes, c'est pas pour dire mais c'est quand même le premier machin-truc que j'essaie de finir sans toi.»

Grumberg se flanque des claques, se moque de lui-même, tente de s'accepter en veuf comme elle l'aurait su, elle, le faire tellement mieux. On rit, on pleure comme dans une chanson de Trenet. «Je t'attendrai à la porte du garage», chantonne-t-il pour l'imaginer sourire à ce pied de nez à l'au-delà, et reprendre le refrain. Magnifiquement chaplinesque, cette douleur immense n'ignore rien des hasards parfois indélicats – Jacqueline est morte le jour d'anniversaire de la naissance de leur fille, les rires et les larmes encore et encore.

«Tu es encore là chérie, tu m'entends, tu m'écoutes, c'est pas pour dire mais c'est quand même le premier machin-truc que j'essaie de finir sans toi.»
Jean-Claude Grumberg
Dans "Jacqueline Jacqueline"

Et Madame Pétain, «celle qui pète et qui pue», qui est enterrée non loin de sa tombe... La mort n'a aucune élégance, pourquoi en aurait-il? Toutes les saloperies mettent toujours formes et déliés pour exécuter leur besogne – il songe aux rapports de police qui traquaient les Juifs – Grumberg écrit, lui, comme il faut, parle vrai pour célébrer «celle qui pleurait comme une Madeleine parce tout était trop beau, celle qui riait comme une folle parce tout était trop moche, celle qui dansait à tout propos, celle qui chantait sur tous les tons, celle que j'aimais à la folie, et celle qui m'aimait malgré tout.»

> L'auteur rencontrera ses lecteurs à la librairie Filigranes les 20 et 21 septembre à l'occasion de la remise du Prix Filigranes 2021.

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