Ramené à la vie par deux nouveaux dessinateurs, Olrik est le héros du nouveau Blake et Mortimer

Le style de Jacobs est l'archétype de la ligne claire. Les auteurs qui lui ont succédé sur Blake et Mortimer apporte chacun leur touche à ce style immuable. Christian Cailleaux, nouveau dessinateur sur la série, et Étienne Schréder reviennent aux fondamentaux dans la foulée de La Marque Jaune.

Plus de sept ans après "L'Onde Septimus", le premier volet des aventures de Blake et Mortimer écrit par Jean Dufaux, c'est un nouveau duo de dessinateurs qui s'installe à la table à dessins pour clore ce récit dans "Le cri du Moloch". Christian Cailleaux est un nouveau venu dans l'univers de Jacobs et de Blake et Mortimer. Étienne Schréder, lui, est un pilier de la série depuis sa reprise. Il a collaboré de près ou de loin avec tous les autres dessinateurs.

"Lorsque l'on est venu me chercher, j'étais le premier surpris", confesse Christian Cailleaux. "La ligne claire franco-belge fait certes partie de mon ADN , mais j'ai depuis exploré d'autres voies graphiques plus personnelles et d'autres types de récits comme des carnets de voyage ou des biographies. On est assez loin du classicisme de Jacobs. Je suis un peu plus jeune que les Floc'h, Chaland et autre Serge Clerc, qui ont puisé dans le classique de la ligne claire leur modernité, pour la rendre contemporaine. Je m'inscris dans cette lignée", reconnaît Cailleaux.

"La manière dont j'ai été bridé m'a terriblement découragé, presque dégoûté de ce projet. Mais les deux dessinateurs sont parvenus à en tirer le meilleur. Cela m'a remis en selle!"
Jean Dufaux
Scénariste

Pourtant c'est à lui que pensent José-Luis Bocquet et Jean-Luc Fromental lorsqu'ils proposent un nouveau scénario à l'éditeur de Blake et Mortimer. Ce projet-là se fera finalement avec Antoine Aubin, mais les essais réalisés par Cailleaux plaisent. C'est donc lui qui assurera le dessin du deuxième volet de "L'Onde Septimus", en étroite collaboration avec Étienne Schréder.

Calligraphes japonais

À ses yeux, la ligne claire n'est pas qu'un style graphique en bande dessinée. "C'est le trait juste. Étudiant en art, je passais des heures à observer les calligraphes japonais en pleine méditation avant de tracer LA ligne sur une feuille. La ligne claire, c'est celle qui est essentielle, le détail d'une main, d'un trait de visage du pli d'un pantalon qui donnera vie au dessin", assure encore Cailleaux.

Pour le dessinateur bordelais, il s'agit d'un retour aux sources donc. Mais bien conscient qu'on ne l'a pas choisi pour ses talents de copiste! "Je ne me suis pas embarqué dans cette aventure pour me contenter de faire du Jacobs désincarné. La dimension de l'auteur peut et doit amener quelque chose pour rendre les personnages vivants. C'est ce que chacun des dessinateurs a fait avant moi."

©Blake et Mortimer

Pour ce nouvel opus, Étienne Schréder a pris une plus grande place dans la réalisation. Une place qui donne aussi la mesure de son réel talent. S'il a collaboré avec tous les autres dessinateurs de la série, Schréder s'est trop souvent contenté, comme il le dit lui-même d'un rôle de pompier, de roue de secours ou d'assistant. Ici, il a effectué la totalité des découpages sur la base du scénario de Jean Dufaux avant de confier le crayonné des personnages à Cailleaux, lui-même se réservant les décors. "À lui tout ce qui est mou et organique, à moi tout ce qui est dur et minéral", s'amuse-t-il.

"La ligne claire, j'ai tout fait pour m'en éloigner dans mon travail personnel", concède-t-il. "Il y a dans ce style une forme de neutralité qui le rend à la fois lisible, mais aussi adaptable. Il n'en va pas du tout de la même manière avec le style de Franquin par exemple, absolument inimitable."

Le cri du Moloch

Blake et Mortimer tome 27, Dufaux, Cailleaux et Schréder, Editions Blake et Mortimer, 56 p., 15,95 EUR

***

La collaboration entre les deux dessinateurs fonctionne à merveille. Sans doute moins fidèle au style jacobsien qu'Antoine Aubin dans le premier volet de ce diptyque. Mais Cailleaux et Schréder restent parfaitement fidèles à l'univers de Jacobs en y apportant leur touche personnelle.

Olrik au cœur du récit

La réussite graphique de l'album, malgré des délais de production et de réalisation très serrés, est de nature à rassurer Jean Dufaux. Découragé par l'accueil tiède réservé à "L'Onde Septimus" lors de sa sortie il a sept ans déjà, Dufaux l'a été plus encore en voyant son scénario de base amputé de certains éléments par les ayants-droits. "Je voulais certainement m'intéresser à l'univers de 'La Marque Jaune', l'ouvrage majeur de Jacobs pour moi. Mais je ne pouvais pas développer le passé d'Olrik, contrairement à ce que j'avais imaginé", raconte Dufaux. "J'en ai gardé l'idée de faire bouger les lignes et d'utiliser les principaux personnages à contre-emploi, plus encore dans ce second volet."

"Je suis un peu plus jeune que les Floc'h, Chaland et autre Serge Clerc, qui ont puisé dans le classique de la ligne claire leur modernité, pour la rendre contemporaine. Je m'inscris dans cette lignée."
Christian Cailleaux
Dessinateur

Où l'on voit donc un Capitaine Blake qui doit être défendu par la Reine elle-même pour éviter une sanction pour insubordination, un Mortimer tenté de poursuivre les expérimentations du professeur Septimus et surtout un Colonel Olrik, ramené à la conscience, qui devient le héros et le sauveur de Londres contre les mystérieux envahisseurs qui la menaçaient.

"Je n'avais pas envie de faire simplement un album de plus dans la série", poursuit Dufaux. "Je voulais apporter des éléments dans l'univers de Jacobs, que je considère comme une matrice. La manière dont j'ai été bridé m'a terriblement découragé, presque dégoûté de ce projet. Mais les deux dessinateurs sont parvenus à en tirer le meilleur. Cela m'a remis en selle!", confie Dufaux

Il en résulte un album très assumé, tant sur le plan narratif que graphique. Les codes jacobsiens sont présents mais revus avec beaucoup de personnalité par les auteurs. Ce qui ne plaira sans doute pas aux puristes du clacissisme, mais qui donne un récit tendu et inattendu.

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