Retour à la normale fin 2021 dans l’édition française?

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Deux éditeurs parisiens, Isabelle Gallimard, directrice du Mercure de France, maison historique, et Nicolas Gras-Payen, récent créateur de Passés/Composés, exposent leur rentrée.

Le Mercure de France, rue de Condé à Paris, éditeur d’Anne Serre, Goncourt de la nouvelle 2020, et du grand Anglais Julian Barnes, que publie Marie-Pierre Bay, responsable du domaine étranger, est dirigé par Isabelle Gallimard depuis 1995. Le confinement, période «insolite, inédite», a saisi la maison comme tant d’autres. «Jusqu’à mi-mars, les ventes des ouvrages livrés et facturés ont continué. En avril, le précipice: une chute de 90%. Le 11 mai, la réouverture des librairies, a précédé le retour des parutions le 28. [Selon nos informations, le gouvernement n’était pas hostile à la réouverture: soucieux de sécurité sanitaire, le Syndicat des libraires s’y refusait, NDLR.] Sur cette lancée, juin et juillet ont été excellents. Ensuite, le contexte de consommation affaiblie a aussi marqué le livre. Septembre et octobre restent de l’ordre de l’inconnu. Heureusement, des salons importants comme Nancy et Morges (Suisse) sont maintenus.»

La foire de Francfort, en octobre, sera en grande partie virtuelle. Un grand point d'interrogation pour les éditeurs...

En mars, le salon de Paris a été annulé mais la foire de Francfort, en octobre (premier marché du monde), panachera le physique et le virtuel. «À Paris, nous exposons nos livres, mais peu d’accords commerciaux se traitent entre éditeurs, contrairement à Francfort. Cette foire en grande partie virtuelle sera donc un autre point d’interrogation.»

Passés/Composés

Boulevard du Montparnasse, depuis 2019, Passés/Composés, au sein d’Humensis, groupe à dominante sciences humaines, publie une vingtaine de livres par an. Son directeur éditorial, Nicolas Gras-Payen, et son équipe ont dû arrêter 6 semaines, au chômage partiel. «Le télétravail, à raison d’un, deux, puis trois jours, a précédé le retour des équipes de mi-mai à début juin.» Il en a résulté un retard de production et une distance avec les auteurs et collaborateurs extérieurs. «Jusque fin juin, la suspension des parutions nous a rendus aveugles en librairie, mais il faut rendre hommage aux libraires qui ont joué le jeu, en évitant de retourner massivement nos livres invendus de janvier-février, leur donnant ainsi une nouvelle chance à la réouverture. Après un rattrapage de production dès juin, nous avons relancé nos projets fin août. Aujourd’hui, si nous sommes moins pessimistes qu’en mars, la prudence est de mise: en août-septembre, les mises en place [nombre de livres que prennent les libraires, NDLR] ont été inférieures à la normale.»

«Nous n’avons rien annulé, mais les reports de parution ont été acrobatiques: la diffusion et la médiatisation d’un livre se travaillent six mois en amont.» Après ces glissements de calendrier, soucieux d’éviter la surproduction, il espère un retour à la normale fin 2021. «Le domaine de l’histoire, moins cyclique que la fiction, s’est assez bien comporté: l’été est toujours saison creuse, mais les achats et les cessions de droits étrangers ont été freinés.»

Le groupe fait la force

En revanche, l’appartenance à un groupe offre une solidité: «la diversité des secteurs – édition scolaire, littérature étrangère, histoire – assujettit moins aux fluctuations et aux coups durs. Très tôt, le président d’Humensis et les équipes directoriales ont cherché à assurer la production, à relancer le travail et à préparer la suite, chaque maison conservant une assez grande latitude.»

www.mercuredefrance.fr
www.passes-composes.com

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