"Richesse oblige", d'Hannelore Cayre, est immoral et jubilatoire

© ©FAURE/Leextra via Leemage

"Richesse oblige" dézingue les profiteurs, les opportunistes et les pilleurs du Trésor public.

Elle a beau être née à Neuilly-sur-Seine, Hannelore Cayre est une communarde. Après le succès de "La daronne", Prix du polar européen et Grand prix de littérature policière, "Richesse oblige" vient à point nommé éclairer de manière aussi cinglante qu'imparable nos sociétés de plus en plus inégalitaires. Est-ce l'écœurement de voir l'impunité trop souvent récompenser les gros fraudeurs quand les lampistes et les petites frappes paient toujours leurs égarements, qui fait écrire Hannelore Cayre, avocate pénaliste, avec un bâton de dynamite trempé dans la nitroglycérine?

En France en particulier, se perpétue un vocabulaire méprisant pour la "populace" et la "racaille", appellations empruntées au XIXe siècle, sorties tout droit de la bouche de Thiers qui retourna les canons contre son peuple.

Hannelore Cayre met en parallèle l'été 1870 avec le nôtre. Son personnage, Blanche de Rigny, se découvre un aïeul à particule, socialiste au grand cœur, épouvanté d'échapper à la guerre grâce au système de remplaçants. Docteur en lettres, Blanche n'a pourtant décroché qu'un boulot subalterne au Ministère de la justice. Handicapée, fille de marin breton et mère célibataire, elle n'a pas le bon profil, mais un tempérament nourri aux lectures de Zola et d'Octave Mirbeau.

"Les Livres ont la parole" : "Richesse oblige" de Hannelore Cayre

Le mépris pour ceux "d’en bas"

L'injustice sociale, le machisme et la morgue envers ceux "d'en bas" lui donne des remontées acides. Et de la jugeote. Son analyse est inattaquable, ses méthodes pour venger les victimes d'un système inique, le sont moins. Mais que c'est drôle! Elle découvre que chômeurs et pauvres s'achetaient pour aller au casse-pipe à la place des gosses de riches. "Jamais le cours du pauvre ne fut aussi haut", on se les arrachaient. Inutile de dire qu'ils n'en réchappaient pas et ne touchaient jamais la somme promise. En revanche, les nantis prospéraient, investissaient l'économie réalisée et leur descendance va toujours aussi bien, merci.

Remarquablement documenté, gouailleur, d'une irrésistible générosité, ce roman Gavroche est jubilatoire. Méthodiquement, comme une fleur, la petite préposée aux photocopies du Ministère de la justice dégomme sa parentèle, celle qui par devoir de mémoire au patrimoine familial, poursuit les investissements douteux et les collusions opportunistes. En se modernisant, avec de nouveaux nécessiteux et intermédiaires à corrompre.

Mais avec son sens de l'équité, Hannelore Cayre fustige aussi pour ceux qui, parmi les Gilets jaunes, ont des revendications consuméristes et non pas révolutionnaires. Ils veulent "en être", sans voir, dit-elle, qu'ils contribuent à perpétuer un modèle de surproduction qui épuise nos ressources, saccage la planète, asservit les travailleurs pauvres et met en péril nos sociétés, comme nous l'avons vu pas plus tard qu'aujourd'hui...

©Editions Métailié

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"Richesse oblige". Hanelore Cayre

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