Roman | Elena Ferrante

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Suite et fin d’une prodigieuse amitié.

En 2014 paraissait chez Gallimard le premier tome de "L’amie prodigieuse", saga romanesque de la plume d’une certaine Elena Ferrante, dont la véritable identité demeure inconnue à ce jour, même si plusieurs journalistes mènent l’enquête. Voici que l’histoire de Lena et Lila prend fin avec "L’enfant perdue", quatrième tome de ce récit napolitain qui relate le parcours des deux amies depuis leur enfance dans l’Italie des années 50, jusqu’aux années 2000. Soixante ans d’une amitié aussi intense que compliquée, racontée du point de vue d’Elena Greco, narratrice devenue elle-même écrivain. Le ton n’est plus le même et a perdu le rythme des débuts – imagé, vif, enlevé, comme l’enfance et ses fulgurances – et l’on se surprend à s’ennuyer face aux interminables atermoiements d’une narratrice qui doute sans fin de son succès littéraire et de l’amitié de Raffaella, à qui elle prête de malfaisantes intentions. Versant dans la paranoïa au fil des années, Lena suspecte Lila de s’être lancée dans la rédaction d’un livre sur leur amitié – un livre qui surpasserait bien évidemment tous ceux qu’elle a elle-même publiés et dont le succès s’est amenuisé avec le temps. Or, dans ses rares interviews accordées à la presse (toujours par écrit), Elena Ferrante a suggéré à plus d’une reprise que sa colossale entreprise romanesque pourrait s’avérer autobiographique – d’où la confusion entre son pseudonyme d’auteur et le prénom de sa narratrice.

Un jeu de poupées russes qui trouve son aboutissement dans ce dernier tome, après plus de 500 pages autocentrées, évoquant les déboires familiaux, amoureux et professionnels de Lena, devenue décidément très narcissique. On est loin de la gamine des débuts, espiègle, aventureuse et téméraire, prête à tout pour relever les défis de l’enfance et affronter ses peurs. Mais sans doute est-ce le propre de toute vie humaine, d’abandonner la spontanéité et la pleine lumière pour progresser vers d’obscurs calculs égotistes? Lena accouche finalement de ce livre secret qu’elle impute à Lila et le publie sous le titre "Une amitié", qui obtiendra un immense succès – tiens donc! Dommage que, dans toute cette affaire de rivalité entre femmes (car où subsiste l’amitié là-dedans?), soit presque abandonné le riche contexte italien qui a largement contribué à la renommée de la tétralogie: Naples, mais aussi les différentes villes où vécut Lena, tandis que son amie Lila choisissait pour sa part de demeurer "au quartier" de leur jeunesse, pétri de morts violentes et de coups mafieux.

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