Roman | Pour Daniel Pennac, rêver, c'est vivre

Daniel Pennac lors de l'inauguration de la rue Gaston-Gallimard. (c) Wikimedia commons: fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Daniel_Pennac_redux.JPG

Comment devient-on écrivain? Comment devient-on lecteur? Pennac vend la mèche dans "La loi du rêveur" (Gallimard), une fantaisie en forme d'anamorphose.

Roman

♥ ♥ ♥

«La loi du rêveur». Daniel Pennac

Gallimard, 167p., 17 euros. Feuilleter le livre > ici

"Vivre, c'est rêver, Fellini le savait", écrit Pennac sur le bandeau de la réédition chez Flammarion du fabuleux "Livre des rêves" du cinéaste, qui aurait eu cent ans et notait ses fantasmes ornés de dessins en couleurs. Rêver c'est vivre, pourrait ajouter Pennac, tant cette "Loi du rêveur" rend hommage à la vérité du songe qui ouvre grand les portes de l'imaginaire et du souvenir, l'un se nourrissant de l'autre pour chevaucher ensemble par-delà le temps, les âges et les ratés de l'existence.

(c) Gallimard

À l'image de son cinéaste favori, le père de la tribu Malaussène se la joue "Amarcord" et caracole joyeusement à l'assaut d'une enfance révolue mais si présente encore dans ses propositions romanesques. Il suffit de dévider une idée jusqu'au bout du couloir de la chambre du haut pour voir où elle mène. Chiche? Et c'est parti.

Retour à la maison du Vercors, celle des vacances. Avec pour complice Louis, le copain comme cochon, même âge au compteur, Pennac le septuagénaire va se coucher sur ordre des dernières nées, des petites jumelles. "Allez au pieu les vieux!", non pour dormir mais pour rattraper le temps perdu, le meilleur, celui des confidences et des aventures. Les yeux fermés, y'a plus qu'à et les "si" tiennent toutes leurs promesses.

Le lecteur suit, amusé, ce parcours qui serpente entre le faux et le véritable, plonge en apnée dans les eaux d'un barrage, retrouve des indices, des noms de rues engloutis dans le passé, tient fermement – croit-il – un coin d'authentique avant d'apprendre que c'est là pure invention. Excès de scrupule? L'auteur vend la mèche, fait tomber le décor, passe aux aveux, nous arrachant au passage une pure émotion. Alors qu'il regardait "Amarcord" avec sa femme, la lampe du projecteur a sauté, voulant la réparer c'est lui qui a sauté. Coma. Rêves. 

La vie du rêveur Daniel Pennac - extrait (La grande librairie)

L’art du mentir-vrai

La fantaisie sensible de Pennac emprunte les sentiers du mentir-vrai pour mieux dire les éraflures du cœur, les manquements, les silences de la vie. Sans amertume aucune mais avec un goût de revenez-y. Puisque le romanesque autorise tout, pourquoi ne pas en profiter pour réparer, réunir les fâchés qui ne se parlent plus depuis des années, se confier aux morts et écouter ce qu'ils ont à nous dire?

Dédicacé au psychanalyste Pontalis, ami, écrivain et éditeur, cette «Loi du rêveur», qui n'en respecte aucune, répond à sa manière à celui qui écrivait «c'était mieux avant» ajoutant aussitôt «avant quoi?»

Dans cette maison réinventée, il se réjouit du génie des siens, des belles différences, et veille, rassemble en montant sur la caisse du camelot joyeux qu'il est. "Pour autant qu'on puisse dater ce genre de naissance, je suis devenu écrivain la nuit de cette conversation avec Louis. J'avais dix ans et affirmais à mon meilleur copain que la lumière c'est de l'eau." Une eau de jouvence qui alimente cette fantaisie complice avec le lecteur qui nous rend Pennac si proche, lui qui a décomplexé les jeunes lecteurs, les autorisant à s'ennuyer, à lâcher ou sauter des pages.

Aujourd'hui c'est aux vieux qu'il enjoint de passer rapidement sur les tracas du corps pour gagner prestement la cabane au fond du jardin et bouturer le passé au futur, se réjouir, déconner, rire et rêver encore aux pêches miraculeuses.

Dédicacé au psychanalyste Pontalis, ami, écrivain et éditeur, cette "Loi du rêveur", qui n'en respecte aucune, répond à sa manière à celui qui écrivait "c'était mieux avant" ajoutant aussitôt "avant quoi?"

«Pour autant qu'on puisse dater ce genre de naissance, je suis devenu écrivain la nuit de cette conversation avec Louis. J'avais dix ans et affirmais à mon meilleur copain que la lumière c'est de l'eau.»
Daniel Pennac
Dans «La loi du rêveur»

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